La belle vie

La belle vie
Drôle de semaine...

Des tas d'informations et d'événements contradictoires et je n'arrive pas à les mettre bout à bout, à leur donner du sens.

Prenez la manifestation de jeudi : un succès éclatant, une légitime contestation de la politique de notre gouvernement, mais aussi un sentiment mitigé : que veulent-ils ces "rebelles sans cause" ? Même massive, cette manifestation m'a parue résignée, comme incapable d'exprimer l'envie d'un monde nouveau.

D'ailleurs, malgré les défauts que je lui trouve, il y en a une qui a bien senti le truc, c'est Ségolène Royal. Après avoir été s'imprégner du triomphe d'Obama, elle était cette semaine au forum social de Belém, prêt de la forêt amazonienne, et signe sur le sujet une tribune plutôt convaincante dans le JDD du jour : elle parle de l'unité des trois gauches (la gauche de gouvernement, les mouvements sociaux et l'extrême gauche), qu'elle a vu possible à Belém. Elle parle de résistance contre "l'économie de casino". Utopique, un brin démagogique, mais on se dit qu'elle a de l'instinct, qu'elle a compris qu'il fallait repenser la manière de faire de la politique en France si l'on veut faire avec Sarko en 2012 ce qu'ont fait les Américains en 2008 avec George W. Bush.

2012 sera d'ailleurs une année intéressante : à quelques mois d'intervalle, la France et les USA éliront leur président. En douze jours, Barack Obama a mis les bouchées doubles, en agissant, de Guantanamo à l'économie verte, à la hauteur des attentes qu'il suscite. Certes, il ne sauvera pas le monde à lui seul, mais voir la cohérence de son action et de son discours est une leçon que doivent méditer nos dirigeants, souvent plus enclins à dire qu'à faire.

Ce que disent Barack et Ségo (qui se verrait bien en French Barack), c'est qu'il est tant de sortir des sentiers battus, de repenser le modèle, de changer les frontières. Cette semaine, le mutisme de Sarko et le mouvement social massif, même respectable, même justifié, semblait plutôt nous proposer le remake de la énième confrontation à la française, le même dialogue de sourds.

Au même moment, la crise prend de l'ampleur, s'installe. Avec des effets profonds, durables. Certains de mes proches sont durement touchés par la chute de l'immobilier.

En même temps, je sens, ici et là, les prémices d'une nouvelle façon de vivre. La pratique culturelle, les spectacles, les concerts, les cinémas n'ont jamais été aussi fréquentés, comme durant les années 30. Une autre façon de consommer, de se comporter, de vivre ensemble, apparaît. Le "toujours plus" cède un peu de terrain au "moins mais mieux".

J'ai lu il y a quelques jours un beau livre de l'américain Jay McIerney, "La belle vie", qui raconte comment le 11 septembre affecte un groupe de new-yorkais de la jet-set, contraints par la violence de l'événement de remettre en cause leur vie futile et consumériste. Après le traumatisme, chacun se réinvente d'autres priorités, une autre philosophie de la vie. C'est ce que je sens autour de moi, mais encore de façon embryonnaire, avec bon nombre de contradictions : rejetons-nous le modèle Sarkozien (chacun pour soi et plein les fouilles) ou regrettons-nous contraire son échec (travailler plus pour gagner plus) ?

Je ne sais pas. La chemin est confus et la route est longue.

Mais comme l'écrit Bruce Springsteen (dans Nebraska, sa remarquable chronique des années de crise, parue en 1982), "à la fin de chaque journée durement gagnée, chacun trouver une raison de croire".

L'autre soir, pour mon boulot, je suis allé interviewer une jeune fille handicapée de 18 ans, Rachel. Un handicap lourd, une adolescence difficile. Mais un sourire et une espérance qui m'ont bouleversé. Pour son anniversaire, sa maman a organisé une sortie au bowling avec ses copains. Plusieurs établissement étaient d'accord pour accueillir le groupe de jeunes handicapés, mais en louant l'équipement (2 000 euros !) et en le vidant de ses clients "normaux", qu'il ne fallait surtout pas gêner ! Finalement, c'est le bowling de Carquefou qui a accepté la jeune femme et ses amis. Celle-ci a vécu "une journée inoubliable". Maintenant, elle a d'autres rêves : aller en discothèque et à la patinoire. Être comme les autres. Elle a des rêves et de l'espoir à revendre.

Ce matin, toujours pour mon boulot, j'ai assisté à un hommage aux martyrs de la résistance, des jeunes nantais fusillés ou emprisonnés en 1943. Sans hésiter, ils ont sacrifié leur vie pour leurs convictions, pour la liberté, pour la démocratie.

Dans la contrainte, l'oppression ou la souffrance, l'être humain peut devenir grandiose. La jeune Rachel m'a soufflé par son optimisme, par sa recherche du bonheur simple, par son humour aussi.

Ce dimanche, alors que j'écris ces quelques lignes, je me dis que la vie est belle, comme le titre du beau film de Franck Capra, qui raconte comment un homme, sur le point de tout perdre et de se suicider, voit (grâce à une intervention divine) ce que serait la vie s'il n'était plus là. Lui qui se sent inutile découvre que son absence bouleverse les équilibres et les destins. Il est indispensable. Rachel est indispensable pour ses parents, son petit frère, ses amis. Je suis indispensable. Vous l'êtes, chacun d'entre vous, qui que vous soyez.

Il y a donc plein de bonnes raisons d'espérer et de croire, à la fin d'une longue journée et d'une semaine pas franchement exaltante...

PS. Enfin, enthousiasmante, elle le fut pour les springsteeniens : sortie de l'album Working On A Dream et annonce du concert aux Vieilles Charrues le 16 juillet. D'ailleurs, son disque, mature et serein, ne raconte pas autre chose que ce post : la vie recèle tellement de beautés, pour peu qu'on ait envie de les regarder !

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# Posté le dimanche 01 février 2009 08:54

Merci

Il est parfois très simple d'embellir la vie quotidienne. Il suffit de dire MERCI, du fond du coeur.

J'ai récemment remarqué à quel point, au quotidien, en particulier au boulot, les gens ne disaient plus merci, comme si le fait d'être payé pour...ou subordonné à... dispensait de toute gratitude, de toute considération.

Nous sommes dans la société du Dû. L'État me doit, le service public me doit, mon patron me doit, mes subordonnés me doivent, mes parents me doivent, mes enfants me doivent. Je veux, je veux, je veux... Tous des enfants gâteux et capricieux...

Pourtant, un simple merci est un baume magique.

maginez la joie qu'éprouve un ami, un conjoint, un collègue lorsqu'on le remercie, on le félicite pour une action, une initiative, un projet.

L'an dernier, au boulot, la Direction des Ressources Humaines a rédigé un guide d'accueil des employés, très complet. C'était la première fois et j'ai trouvé ça super. J'ai envoyé un mail pour les féliciter. Je trouvais ça simple et normal. Ils sont tombés de leur chaise car j'étais le seul à manifester une forme de gratitude.

Il y a quelques jours, j'ai donné quelques tuyaux en com' à un ami qui crée une pièce de théâtre. Deux ou trois trucs de bon sens, mais pour lui, des conseils hyper importants pour une conférence de presse. Après, il m'a laissé un message pour me dire que ça s'était bien passé et pour me remercier de mes conseils. Du bonheur en barre, ce message tout simple pour dire merci.

Chaque jour, j'entends les grincheux, ceux qui n'ont pas leur tronche dans le journal mais qui ont vu celle du voisin, ceux qui veulent plus que les autres, ceux qui ne savent pas dire merci. Ah, bien sûr, la société sarkozienne ne prête pas toujours au sourire et nous donne des raisons de nous plaindre. Mais c'est donner raison à cet artisan du chacun pour soi que de ne jamais remercier.

En plus, le merci, c'est un pouvoir fantastique, une vraie baguette magique, la capacité à faire plaisir à moindre frais. Dire merci, c'est économiser des années de thérapie, ça dénoue les noeuds de son psychisme, ça connecte au monde.

Essayez, remerciez autour de vous. Donnez, donnez, vous recevrez beaucoup.

Alors, merci à vous, chers amis Internautes. Pour le bonheur virtuel de vous retrouver chaque semaine.

Merci, merci, merci, merci, merci...
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# Posté le samedi 24 janvier 2009 09:46

L'artisan du rêve

L'artisan du rêve
Bonjour à tous,

Malgré le sale temps, la météo est au beau fixe : Barack Obama devient président des U.S.A. cette semaine, met George W. Bush à la retraite et ouvre - du moins je l'espère - une nouvelle ère pour le monde. Comme si le XXIe siècle commençait maintenant.

C'est justement ce changement d'ère et d'humeur que raconte Bruce Springsteen dans son nouvel album, Working On A Dream, à sortir le 26 janvier, mais que j'ai eu la chance de découvrir cette semaine.

Cet album clôt (pour l'instant) une décennie d'une rare créativité, ponctuée d'albums et de tournées qui étaient autant d'états des lieux de l'Amérique et du monde : The Rising (2002) comme épiphanie du 11 septembre, Devils And Dust (2005) comme photographie du désarroi intime de l'Américain moyen en période de guerre en Irak, We Shall Overcome (2006) ou l'histoire et la musique américaine comme résistance au conservatisme ambiant, Magic (2007) et la fin de l'ère Bush.

Écrit durant la dernière tournée et paraissant au moment où Obama (largement soutenu par Springsteen) prend les rênes de l'Amérique, Working On A Dream n'est heureusement pas un commentaire politique d'actualité.

Bien plus subtilement, l'album tente de capter l'air du temps, l'atmosphère d'une Amérique qui se prend à croire en l'avenir. Mais il n'y a pas d'optimisme béat chez Springsteen : son album est une série de vignettes rapidement croquées, essentiellement des histoires d'amour ancrées dans le quotidien, qui racontent les petits efforts quotidiens que nécessitent la recherche du bonheur, l'acceptation du temps qui passe, de sa propre dualité.

Musicalement, l'album délaisse les canons springsteeniens habituels pour proposer des symphonies rock et pop qui sont autant d'hommages aux musiciens (connus et obscurs) qui ont inspiré le Boss.

C'est un album de fantômes, de morts et de morts-vivants. Pete Seeger, Roy Orbison, Dylan, les Byrds, les Beach Boys, les Beatles, Ennio Morricone, Burt Bacharach et bien d'autres se promènent sur les plages de ce disque.

Les disparus de Springsteen sont également là, dont Danny Federici, son fidèle ami et musicien, auquel est dédié The Last Carnival, le génial dernier morceau, l'histoire d'un cirque qui quitte la ville, mais qui doit laisser sur place l'un des siens.

La musique de Springsteen n'a jamais été aussi chaleureuse, enrobante, nappée de cordes et de voix (les choeurs sont magnifiques), donnant à l'ensemble un ton à la fois optimiste et mélancolique.

C'est donc un album à l'image de l'état du monde que nous livre le Boss : un optimisme mesuré, la possibilité d'un bonheur individuel qui n'existe pas au dépend du bonheur collectif, l'acceptation du passé pour construire l'avenir.

À juste titre, un ami me faisait remarquer que l'album s'inspire des genres musicaux qui dominaient au début des années 60, lorsque Kennedy arrivait au pouvoir, et suggére que nous vivons une période de transition similaire. Il a vu juste.

Musicologue averti, Springsteen raconte aujourd'hui avec la musique d'hier, sachant très bien que derrière l'optimisme, il y a le combat, la lutte et parfois les larmes.

Sa musique est là pour nous aider à continuer.
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# Posté le dimanche 18 janvier 2009 03:38

Modifié le lundi 19 janvier 2009 12:54

Lonesome Dove

Lonesome Dove
Dans chaque interview, le grand acteur américain Robert Duvall cite la mini-série Lonesome Dove (1988) comme son meilleur rôle, ce qui m'a toujours intrigué.

Lonesome Dove est à l'origine un scénario de l'écrivain américain Larry McMurtry, proposé à John Wayne au début des années 70 mais refusé par le Duke. L'auteur en a fait un roman récompensé par le prix Pultizer, devenu une série télévisée, auréolée de prix et d'un succès massif aux USA.

En France, le bouquin n'a jamais été traduit, la littérature western étant souvent ignorée, alors qu'elle a ses lettres de noblesse et inspiré bon nombre de chef-d'oeuvre du 7e art (dont La prisonnière du désert).

Quant à la série, elle a été vue brièvement sur le câble dans les années 90 et vient de sortir en DVD.

Je viens de passer quatre soirées à découvrir cette merveille.

Lonesome Dove est la synthèse idéale entre le western classique et le western moderne, un compromis improbable entre Impitoyable, Danse avec les loups et les films de Ford. La noblesse des sentiments n'empêche pas le réalisme, les personnages et les situations sont à la fois terre-à-terre et plus grands que nature.

L'histoire est celle de deux Texas Rangers vieillissant qui convoient un troupeau sur 4 500 kilomètres, du Texas au Montana, à la recherche des dernières terres vierges et d'une liberté qui semble se réduire avec l'arrivée de la civilisation.

Ce pitch assez simple est le prétexte à des variations sur les grandes thématiques et valeurs du western : l'amitié, l'amour, la filiation, le groupe, la violence, la survie, la vengeance...

La durée permet de renouveler chacune des figures imposées du genre, d'explorer l'impact intime d'une scène de violence, d'une pause dans le désert, d'un réveil matinal.

Le réalisateur, le tâcheron Simon WIncer, semble transcendé par le matériau : chaque scène est baignée d''une lumière merveilleuse, mais jamais gratuite et esthétisante. Les dialogues (à écouter impérativement en VO) sont merveilleusement écrits, des trésors de profondeur et d'émotion étant déployés en quelques mots, parfois des borborygmes, souvent des silences.

Les acteurs y livrent la performance d'une vie : Robert Duvall est inoubliable en cow-boy bougon, rigolard et philosophe. Sur le papier, impossible de croire que la jeune et belle Diane Lane (géniale) est raide d'amour pour lui. Mais dans le film, cette liaison est lumineuse, l'une des plus tendres jamais filmées. Tommy Lee Jones est magistral, impassible, mais capable d'éclairs de violence et d'émotion rentrée. Anjelica Huston a un des plus beaux rôles de femme de l'Ouest jamais écrit. Mention spéciale à Chris Cooper en shérif largué.

Lonesome Dove offre une palette d'émotions qui changent comme les paysages et les saisons : du rire au larme, de la violence à la mélancolie. Film d'action et réflexion métaphysique sur le temps qui passe, la fidélité et l'amitié, c'est une splendeur, une sorte de chef-d'oeuvre qui ne se prend pas pour tel.

Il y a longtemps que je n'avais connu un tel bonheur devant un film, qui retrouve la densité romanesque des meilleurs romans et l'attrait des plus beaux films.

Allez, prenez la route de Lonesome Dove.

Robert Duvall avait raison : c'est son meilleur film, son meilleur rôle.
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# Posté le dimanche 11 janvier 2009 03:37

Une femme libre ?

L'actualité est par nature imprévisible.

Nous avons terminé fin 2008 dans une quasi-dépression, tournés sur nous mêmes, sur fond de prémices d'une crise économique sans précédent.

Nous nous réveillons en 2009, horrifiés par le réveil des hostilités au Moyen-Orient (ça ne s'arrêtera donc jamais), puis vaguement intéressés par l'annonce de soldes qu'on nous annonce historiques (ah, bon ?).

Mais la météo vient figer l'ensemble : Marseille est paralysée, la France aussi. Les doigts gelés, mais le coeur chaud, nous nous redécouvrons hommes des cavernes, rois du système D et de l'entraide. Finalement, cette météo a des vertus, celle de nous rappeler le confort habituel de nos existences. Là, on sort le bonnet, la doudoune, on se protège du monde, on est égaux devant le nez rouge, la grippe, la gastro, la glissade et la bagnole qui ne démarre pas. C'est vachement républicain, le froid, finalement....

Et enfin, il y a Rachida Dati.

La semaine dernière, je plaisantais avec mon Paul (5 ans) au sujet de Zorro, en lui disant que s'il était une fille, il s'appelle Zohra. Et voilà que Rachida arrive, et la petite Zohra avec. Un cataclysme dans le monde politique, d'abord avec des soupçons de paternité via la presse people envers un certain François Sarkozy, le frère de... Le prénom du premier ministre, le nom du président, on ne peut pas rêver mieux, la petite Zohra aura un destin de reine. Mais bon, l'article en question a disparu et je n'en sais pas plus que vous. Et voilà que Rachida revient en fanfare au conseil des ministres cinq jours après l'accouchement, telle une Top Model. C'est THE débat du début d'année. Est-elle une femme libre (de faire ce qu'elle veut) ou asservie (faire comme les hommes si elle veut garder son job) ? Les femmes qui bossent vont-elles pouvoir prendre un congés de plusieurs mois sans sarcasmes (et ben dis donc, tranquille, la mémère, Rachida, elle, elle a pas pris autant de congés. Et t'as vu sa ligne..) ? Bref, Rachida a-t-elle desservi la cause des femmes en se montrant superwoman ?

Je ne suis pas sûr que son cas ait un impact sur l'ensemble de la société, tant son mode de vie, ses moyens et le contexte de sa maternité sont spécifiques. Tout le monde n'a pas les moyens de s'offrir un super nounou et, heureusement, les femmes savent oublier la pression du boulot et du patron pour privilégier, au moins quelques semaines, leur enfant.

Mais tous les patrons ne s'appellent pas Nicolas Sarkozy.

C'est ce qui rend pathétique ce retour médiatique. Rachida était certes souriante et éclatante, Rachida, mais cette super-ministre qui cache son mari, son ventre, ses émotions, sa maternité, fait surtout peine à voir.

À bien y réfléchir, ce retour à marche forcée n'a rien de l'expression d'une femme libre, mais témoigne plutôt d'une nouvelle forme de servilité présidentielle : je reviens où je perds mon job de ministre.

Avec l'affaire Rachida, le pipole ne fait plus rêver, il devient sinistre

# Posté le samedi 10 janvier 2009 12:36

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 03:00