Hier soir, je me suis rappelé mon amour du western, en regardant un téléfilm de très bonne facture, "Broken Trail", filmé par Walter Hill, avec le grandiose Robert Duvall (dont un autre western m'a récemment rappelé le génie, "Lonesome Dove"). Son scénario, simple et parfait, contient tout ce qui fait du western un genre unique.
Le film met en scène un vieil oncle et son neveu. L'oncle a hérité d'une ferme de sa soeur, qui a déshérité son fils car celui-ci a choisi une autre voie(x). Mi humaniste, mi roublard, l'oncle (Robert Duvall) vient proposer à son neveu un accord : vendre la ferme (pas très rentable) pour acheter un troupe de chevaux, le convoyer ensemble et le vendre à l'armée britannique (nous sommes à la fin du XIXe siècle et les grands soubresauts guerriers du XXe siècle ne sont pas loin).
L'oncle et le neveu commencent alors un périple épique à travers la magnifique nature américaine. Sur le chemin, ils tombent sur un odieux personnage qui convoie, tel un troupeau, cinq jeunes femmes chinoises, destinées à être vendues comme prostituées. Nos deux héros n'en savent rien, désapprouvent silencieusement l'attitude du bonhomme et partagent un repas autour du feu.
Le lendemain matin, au lever, ils se retrouvent dépouillés (le whisky offert était un peu drogué), sans argent, sans chevaux, mais avec quatre des cinq jeunes chinoises (le voleur en a gardé une pour son plaisir).
Et là, le film bascule dans la fable morale. Nos deux héros sont moins préoccupés de récupérer leur chevaux que d'aider ces jeunes filles, dont ils ne parlent pas la langue. Il faut essayer de créer un langage, de comprendre l'autre. Robert Duvall dénomme les jeunes filles 1, 2, 3 et 5 (4 a disparu). Les deux cow-boys sentent bien qu'ils ne peuvent pas courir derrière leurs chevaux avec ces frêles jeunes femmes, mais un attachement réciproque naît progressivement. Et lorsque le neveu ramène les jeunes filles à la civilisation, le tonton, qui garde le troupeau, se demande ce que va devenir "ses filles".
Arrivées en ville, elles sont agressées, presque violées, sauvées par une prostituée blanche puis par nos convoyeurs qui décident de quitter la ville avec elles. C'est une communauté hétéroclite qui prend alors forme : le tonton, le neveu, la pute au grand coeur, les jeunes chinoises... Et l'histoire ne fait que commencer...
Il n'y a pas que des bons sentiments dans ce type d'histoire, il y a une métaphore sur l'édification de la civilisation, sur le bien et le mal, sur la constitution d'une communauté, la victoire du collectif sur l'individuel, une réflexion sur les liens familiaux, sur le statut de la femme, sur l'amitié, sur la solidarité. Le récit westernien est celui d'un monde sauvage qui peut devenir meilleur. C'est l'histoire de notre monde, c'est notre histoire.
En regardant un film comme celui-ci, je me sens mieux. En confrontant l'homme à ses origines (seul face à la nature) et à son destin (rencontrer la civilisation), le western raconte sur tous les modes le même récit fondateur : celui des choix de vie possible, celui de la seconde chance. Ces aventures épiques nous montrent qu'il faut vivre la tête haute.
PS. Autre western sublime, Outlaw Pete, la première chanson du nouveau Springsteen, 8 minutes de bonheur, une métaphore sur le poids du passé et la possible rédemption. À l'ouest, toujours du nouveau !