Un heure en moins

Un heure en moins
Avec le changement d'heure, je viens de perdre une heure...

Qu'aurai-je pu y faire ?

Continuer la passionnante autobiographie de Charlie Chaplin que je dévore actuellement ?

Réécouter le dernier Springsteen, Working On A Dream, qui tourne sur mon Ipod en boucle en attendant la venue du Boss aux Vieilles Charrues le 16 juillet ?

Tondre ma pelouse, qui ne ressemble à rien ?

Repasser le linge qui s'accumule dans le bac ?

Aller courir avec mon pote Olivier ?

Aller au marché ?

Faire un câlin à ma chérie ?

Finir de regarder les épisodes enregistrés de Life, la meilleure série du moment (mercredi soir en deuxième partie de soirée sur TF1) ?

Me raser ?

Jouer avec mon petit bonhomme ?

Continuer le bouquin que je suis en train d'écrire (sur la presse municipale) ?

Et si je décrétais que cette heure en moins est une heure en plus pour moi, rien que pour moi ? Du coup, voilà, je n'ai rien fait, profité de cet entre-deux heures pour ne rien faire, ni avant, ni après : en fait, je n'ai pas perdu une heure, j'en ai gagné deux, car pour une fois, j'ai décrété que ce dimanche matin, je ne faisais rien et que la chronique de ce blog ne parlait de... rien.

Bon dimanche !
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# Posté le dimanche 29 mars 2009 04:55

Sur une autre planète

Sur une autre planète
Dimanche dernier, sortie dominicale, amicale et familiale au vide-grenier.

Direction Saint-Mars-Du-Désert (Loire-Atlantique).

Tout de suite, ça pose l'ambiance, comme nom.

On s'imagine un calvaire planté sur un désert de sable rouge.

Le No Man's Land. Une Badlands ou une Hard Land springsteenienne version béret et baguette.

Rassurez-vous, je ne vais pas traîner mes guêtres dans ces régions reculées par nihilisme pervers, mais parce que s'y tenait le vide-grenier le plus proche des très chers amis chez qui nous étions (à Petit Mars exactement, ce qui donne à notre parcours de ce jour une dimension presque astrale, d'une planète inconnue à l'autre).

Donc, d'un Mars à l'autre, après avoir consulté le guide annuel, nous voici arrivés au coeur de ce petit village résidentiel, autrefois rural et aujourd'hui banlieusard, peuplé de Nantais qui n'ont pas les moyens de se payer une maison à proximité de leur boulot.

Un calvaire, une station service, une boulangerie, une Poste et la place du village, avec sa salle des fêtes dont les arcades néo-romaines semblent la seule part de prétention d'un paysage par ailleurs sans caractère, sans esprit. Heureusement qu'il y a du soleil, car sinon, c'est la déprime assurée.

Nous pénétrons alors dans un de ces vide-grenier qu'il faudrait bien analyser comme un phénomène de société.

Ma femme me fait justement remarquer que la crise doit être vraiment violente pour que chacun vide à ce point ses greniers.

Nous arrivons en milieu d'après-midi et de mémoire (assez incertaine) de videur de grenier, je n'ai rarement vu une telle collection de rossignols.

Même à vouloir claquer quelques euros, je n'y arrive pas.

Même pas un nanar en dvd, rien que des K7 vidéo.

Rayon bouquin, ça fleure bon les années 70, Konsalik ou Barbara Cartland. Ou un Emmanuelle 2 dans un édition 10/18 millésimée.

Des téléphones qui ne sont plus aux normes. Des jeux vidéo qui ne sont plus utilisables.

Des ustensiles de cuisine que je n'ai plus vu depuis l'enfance.

Un condensé congelé et presque inquiétant de fonds de tiroirs, de souvenirs inutiles, d'expression d'une fracture sociale, d'un néant culturel, le tout dans une ambiance sympa.

Ces puces, c'était Cloclo, c'est le match de foot en survet la Kro à la main, l'expression souriante d'un désespoir social, un bout de France profonde qui fait mieux comprendre les contradictions de l'ère Sarkozy.

C'est loin de toutes les représentations télévisuelles, c'est à dix mille lieues du Bling Bling, c'est effrayant et rassurant à la fois.

Mon ami me faisait remarquer justement que tous ces objets, inutiles, ridicules et ringards devaient, à l'époque, être le top du hype, du branché, de l'indispensable.

Des biens de consommation autrefois indispensables, fruit du désir et peut-être même de la convoitise, aujourd'hui, des reliques poussièreuses.

De quoi relativiser nos pulsions consuméristes. Dans vingt ans, que seront devenus nos objets préférés, ceux que nous venons d'acheter et ceux qui nous attendent, quelque part dans une boutique dont la vitrine attise notre envie ?

Pas beaucoup d'affaires lors de ce voyage martien.

Mais un formidable périple amicalo-ethnologique, dans la planète de la consommation, ses grandeurs et sa décadence.

Le panthéon du consumérisme futile, mais à chaque stand, des morceaux de vie, des bouts de souvenirs.

Chaque stand était une madeleine de Proust, un condensé d'histoire familiale, dont chacun veut se débarrasser, pour faire de la place, dans sa maison et dans sa tête, afin de remplir le porte-monnaie.

La richesse de ce vide-grenier, ce n'était pas ce qu'il proposait, mais ce qu'il racontait.

Des petits récits familiaux, livrés en vrac, sans pudeur. À chacun de les relier, d'en retisser le fil. Derrière ces objets futiles et sans vie, une humanité sans fard.

J'ai passé un formidable dimanche !

# Posté le samedi 21 mars 2009 04:17

Modifié le dimanche 29 mars 2009 04:26

Un héros transgressif

Un héros transgressif
Comme tout le monde, je regarde la série américaine "Dr House".

En fait, ça fait un paquet de monde, puisque la série en question est devenue cette année le programme le plus vu en France, avec 9 millions de téléspectateurs. Enfoncés les pourtant intouchables "Experts".

Bien fichue, mais parfois répétitive, "Docteur House" est loin d'être ma série préférée : au fil des saisons, les failles de son héros deviennent un brin mécaniques, c'est une série-formule parfois routinière.

Mais son triomphe dans notre pays et ce sacre arraché aux froids "Experts" en disent long finalement sur l'état de notre société, et pas uniquement sur les goûts télévisuels de nos concitoyens.

Le personnage de Docteur House fascine.

Comme le héros de la publicité pour le loto (souvenez-vous, "Au revoir, président"), il se permet ce que nous n'osons pas : remettre en cause l'ordre social, la hiérarchie, le carcan sinistre et aliénant des organisations.

C'est un rebelle, un "maverick" (la brebis galeuse d'un troupeau), qui assume ses aspects régressifs et transgressifs : il est sale gosse, il se permet des vannes libidineuses qui, dans la puritaine société américaine, équivaudraient immédiatement à un emprisonnement pour agression sexuelle, il démontre que le système D, l'instinct, le raccourci sont parfois (souvent) préférables au respect des procédures.

Docteur House refuse l'empathie.

Presque sociopathe dans son incapacité à exprimer de l'émotion. Mais en fait d'une humanité profonde dans ses failles, dans ses douleurs, dans ses faiblesses et son refus d'être au diapason d'une émotion généralisée dictée par la bonne conscience ou la pensée unique.

Docteur House suit son propre chemin, préfère la réflexion à l'émotion médiatique, l'instinct et l'intelligence à la norme et au carcan.

Dans un épisode, l'un des héros était viré pour avoir sauvé une vie mais non respecté la procédure d'un hôpital.

La semaine dernière, le Docteur House était suivi par une équipe télévisée pour un reportage. Malgré ses facéties, le documentaire final transformait l'insupportable sale gosse en héros gentillet pour ménagère de moins de 50 ans. Mais dans la fiction du feuilleton, House résiste, reste fidèle à lui-même.

Si ce docteur atypique est populaire, c'est qu'il nous venge tout en nous soignant : des structures professionnelles aliénantes et déshumanisantes, de l'émotion fabriquée et vendue par les médias et les politiques. Il est la synthèse parfaite entre la figure populaire de l'expert et les failles et les incertitudes de l'homme. La série propose une fiction cathartique qui atténue deux de nos angoisses fondamentales : la peur de la mort et la souffrance au travail.

De manière assez amusante, le héros le plus populaire de la très conservatrice TF1 est donc un héros idéal pour cette période de crise : anticonformiste, pourfendeur de l'ordre social et des bonnes moeurs.

# Posté le samedi 14 mars 2009 03:48

Modifié le samedi 14 mars 2009 03:58

Au poil

Au poil
En début de semaine, Libé publiait un article très rigolo sur la pilosité masculine et la mode de la moustache, barbe et autres boucs. Un geste de résistance anti-sarkozienne et une symbolique sexuelle, selon le sociologue interrogé.

Ainsi vont les modes et les états d'âme.

Entre crise économique et développement durable, la période est au poil, ou plus exactement, le poil est redevenu tendance. Fini les rasés de près, jusqu'au crâne, de la France chiraquienne et de la coupe du monde.

À époque floue, rasage approximatif.

Fini l'uniformisation, le poil permet à chacun d'affirmer son identité, sa sensualité, d'exprimer une révolte, un rejet de l'ordre établi, tout en s'identifiant à un nouvel ordre social. Car comme le soulignait très judicieusement l'article, ce poil pas net est l'apanage de ceux qui peuvent se permettre d'afficher un rejet des conventions.

Même chez les femmes, le poil ras ne semble plus si tendance, et la pilosité fait un retour spectaculaire (enfin, relative, soyons clairs !).

En ce qui me concerne, depuis quelques années, je n'arrive pas à mettre mes poils au net. Leurs débordements accompagnent mes humeurs, ont forgé mon identité, me donnent l'illusion que je ressemble un tout petit peu à mes virils héros, de Zorro à Bruce Springsteen.

Selon Libération, le poil est sexuel. Moi, si timide, laissai-je un poil de ma libido transparaître sur mon visage ?

Lorsque je me rase le visage complètement, afin de pouvoir embrasser ma douce et mon petit sans leur donner de rougeur, je deviens un peu comme le héros de "La moustache" d'Emmanuel Carrère. Je ne me reconnais plus, j'ai perdu un part de moi-même, de mon identité, de ma virilité, j'ai le sentiment d'être entré dans le rang, d'être plus lisse, sans aspérité, d'avoir abandonné un part de mon "humanimalité".

Lâcher prise, se laisser aller, perdre un peu de contrôle... La barbe, la moustache, le bouc nous permettent d'être un peu plus "mâles", de résister à l'uniformisation, d'afficher notre identité, voire notre sexualité. C'est l'ultime liberté, un retour aux sources, à l'état de nature. Le poil, c'est être un peu à poil.

De quoi il parle, me direz-vous, alors que la photo qui illustre ce blog me montre aussi imberbe qu'un premier communiant. Une photo "officielle", pour bouquin et cv, qui montre bien que je n'assume pas vraiment mon côté poilu, que je souhaitais, à ce moment là, me montrer propre sur moi. Faudrait peut-être que je la change, cette photo...

Je parlais tout à l'heure d'Emmanuel Carrère.

Au moment où sort "D'autres voix que les miennes", je termine, presque par hasard, son précédent livre, "Un roman russe". Une oeuvre faramineuse, autobiographie, psychanalyse, saga historique et familiale, livre érotique et roman d'amour, autofiction, un roman magistral, bouleversant, à la forme kaléidoscopique et limpide, où l'expression la plus personnelle et intime devient universelle. J'en ai eu le souffle coupé et j'entame ce jour son nouveau bouquin.
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# Posté le samedi 07 mars 2009 12:47

Walk Like A Man*

"En la regardant longuement, je vis transparaître sous le visage mort le visage vivant, et le visage de la jeunesse sous celui de la vieillesse. C'est ce qui doit se passer chez les vieux couples, me dis-je ; aux yeux de la femme, le jeune homme reste présent dans le vieillard, comme pour lui dans la vieille dame la beauté et la grâce de la jeune femme".

J'ai lu "Le liseur" de Bernard Schlink il y a déjà quelques mois mais cette phrase admirable tirée du livre me trotte depuis dans la tête. Il n'y a pas si longtemps, elle ne m'aurait pas réellement parlé. Aujourd'hui, elle me semble l' une des plus belles descriptions du sentiment amoureux et de l'acceptation de l'inéluctable : vieillir.

Je vieillis. Dans quelques semaines, j'aurai 46 ans. Je ne l'ai pas vraiment vu venir, retenu par l'âge de celle que j'aime et celui de mon plus jeune enfant, Paul, 6 ans.

Mais aujourd'hui, je sens le poids des ans, sans inquiétude, mais parce que les choses ne sont plus tout à fait les mêmes. J'ai davantage besoin de vacances. Les rides se font voir sous les yeux. Le plus souvent, je n'ai plus qu'un regard paternel sur les jeunes femmes, surtout depuis que mon grand, 20 ans, obtient un joli succès auprès de la gent féminine et m'a relégué, d'emblée, dans la catégorie des Seniors.

L'autre jour, j'entendais à la radio que Diego Maradona (dont je me contrefiche par ailleurs) était devenu grand-père à 48 ans. Il a fallu ce déclic médiatique pour que je me rende à l'évidence. Aujourd'hui, il y a davantage de chances que je devienne papy qu'à nouveau papa, même si la chose me tente (enfin, nous tente, j'espère) à nouveau.

Et puis il y a le poids de la société, qui nous dit qu'à partir de 45 ans, on n'est plus vraiment performant au travail, que l'on est déjà dans la charrette de départ.

C'est drôle, parce que je ne me suis jamais senti aussi à l'aise dans mon métier. Pertinent. Juste. Mature.

D'ailleurs, dans plusieurs domaines, l'amour, l'amitié, la paternité, la maturité intellectuelle et affective, la relation au monde, je me trouve (en toute immodestie) bien plus opérationnel qu'avant, pas sur le déclin, mais serein, apaisé.

Parce que j'ai enfin accepté qui j'étais, ma place, d'où je viens, où je vais (enfin, là, je sais pas toujours), j'ai accepté mes rides, mes imperfections, celles de son corps qui a porté notre enfant et qui vieillit, mais avec grâce, car je le regarde avec les yeux de l'amour.

Mon père est mort à 52 ans. Petit à petit, je vais vers cet âge. J'espère aller au delà. Mais si le parcours s'arrête et si tu m'entends, papa, tu pourras être content : ton fils pense qu'il est enfin devenu un homme.

* Walk Like A Man est une chanson de Tunnel Of Love, de Bruce Springsteen (1987)
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# Posté le vendredi 27 février 2009 16:34