Monsieur Monde

Monsieur Monde
Je termine actuellement la lecture de Ma vie, la biographie écrite par Charlie Chaplin en 1964.

Je gardais ce livre sur ma table de nuit depuis une dizaine d'années et je m'y suis mis, après avoir rechigné, à tort, une ou deux fois. Je voulais arriver tout de suite à la période Charlot sans passer par la case départ, autrement dit cette enfance à la Dickens, dans le Londres de la fin du XIXe siècle, qui est pourtant déterminante dans la vie du génial acteur/cinéaste.

Ce joli livre est intéressant à plus d'un titre, dans ce qu'il révèle et ce qu'il ne révèle pas.

Le people nous a donné de mauvaises habitudes et je me suis senti, un peu honteusement, frustré face à un Chaplin qui ne racontait sa vie amoureuse et personnelle que de manière éthérée, allant même jusqu'à ne pas citer le nom de certaines de ses épouses. Même son histoire avec Paulette Goddard, l'immortelle héroïne des Temps modernes et du didacteur, est esquissée. Pudeur du personnage et de l'époque, refus du psychologisme et, peut-être un peu de misogynie.

Le livre est également marquant parce qu'il raconte le XXe siècle, dont Chaplin fut un acteur important. Il traverse toutes les périodes, de la révolution industrielle à la crise de 29 jusqu'au Maccarthysme. Le petit gars des rues devient un multimilliardaire, mais développe en même temps une conscience politique (de gauche) et surtout un humanisme qui en fait le témoin du monde. Il est fascinant de voir la genèse presque hasardeuse des Temps modernes, du Didacteur ou de Monsieur Verdoux. La démarche est artistique avant d'être politique ou sociale. C'est ce qui fait l'immortalité des oeuvres et la pertinence, encore aujourd'hui, de leur message.

Mais plus encore que tout ce que l'on sait sur les films de Chaplin - la lecture du bouquin donne furieusement envie de les revoir - c'est l'immense solitude de l'homme qui m'a émue. Des bas fonds de Londres aux plages de Californie, même en côtoyant les grands de ce monde, de Gandhi à Churchill, Chaplin est un petit homme un peu perdu, fragile, timide. Il est comme nous, il est comme Charlot. Dans les années 20, alors que les foules l'acclament à New-York, il s'échappe pour déambuler dans les rues où il n'ose pas aborder une jeune femme. Chaplin traverse de longues phases dépressives, même si le livre ne s'aventure pas dans l'auto-analyse. Même vieillissant, il est comme un enfant fragile face au monde, avec pour seule défense sa sensibilité. Son parcours universel résonne chez chacun d'entre nous et l'on comprend mieux pourquoi ses films sont immortels. Car ce monsieur monde est avant tout un monsieur tout le monde.
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# Posté le samedi 25 avril 2009 02:59

Modifié le samedi 25 avril 2009 08:58

Né pour courir *

Né pour courir *
Il n'y a pas de petit plaisir...

Chaque dimanche, je cours. Généralement en compagnie d'un ami, sur les bords de l'Erdre, une jolie rivière qui traverse Nantes et rejoint la Loire.

Celui-ci étant occupé, aujourd'hui, j'ai couru seul, à Sainte-Luce, mon lieu de résidence et de travail. J'ai emprunté mon parcours habituel, le long de la Loire, jusqu'au bourg. Un peu plus tôt que d'habitude, car je devais ensuite aller photographier le passage du marathon de Nantes dans ma belle commune.

Les hasards du parcours et du calendrier ont fait que j'ai emprunté une partie du parcours du marathon à peine quelques minutes avant le passage des premiers marathoniens.

Le marathon, c'est le Graal inaccessible des coureurs, c'est à la course c'est qu'un concert de Springsteen est au rock. Le panthéon.

Sur un mon rythme pépère, j'ai donc déboulé, seul sous la pluie, sur le parcours où étaient déjà installés les bénévoles, les commissaires, les accompagnateurs, les élus... Comme je cours quand même pas mal, plus d'un a cru que j'étais le premier marathonien, et comme j'étais le local de l'étape, j'ai même eu mon lot d'exclamations et d'acclamations. Un Local Hero. Bon, j'ai démenti de la main, modeste. Peut-être même que personne n'y a cru, mais j'ai eu mon Glory Day et je suis sûr que le premier marathonien - le vrai ! - qui est arrivé en trombe, dix minutes plus tard, affûté comme un couteau, a eu le droit à 3 % d'acclamations en moins.

Je ne ferai jamais de marathon. Mais pendant quelques minutes, c'était comme si. Le dimanche, les derniers sont parfois les premiers. Alleluïa !

À propos de Glory Days, le Boss est en tournée depuis le 1er avril et débarquera dans nos contrées le 16 juillet pour un concert unique aux Vieilles Charrues. C'est trop peu pour moi et je le suivrai en Espagne quelques jours plus tard (fin de tournée le 2 août à Saint-Jacques de Compostelle).

Depuis quelques jours, j'écoute les premiers enregistrements de la nouvelle tournée pour voir ce que nous raconte le Springsteen 2009, au delà de son dernier album, Working On A Dream, variation intimiste sur le temps qui passe.

Ce qui est formidable chez Springsteen et qui explique que l'on n'aille pas uniquement voir un concert mais que l'on suive une tournée, c'est comment il fait de ses shows un "work in progress" permanent, qui évolue au fil de ses humeurs, de ses réflexions, de l'état du monde et de son pays.

À peine sortie de l'euphorie Obamanienne, l'Amérique plonge dans une violente récession. Ses concerts offrent un saisissant portrait d'une Amérique tiraillée en espoir et désespoir, un contraste qui est au coeur de la musique du E Street Band.

En trois semaines à peine, Springsteen a bâti un show d'une rare adéquation avec son époque et d'une rare efficacité, qui trouve son apogée avec la reprise, en Gospel'n'rock, d'un titre de 1855, Hard Times.

Chaque nouvelle tournée de Springsteen est accompagnée d'un immense espoir et d'une petite crainte.

Restera-t-il aussi puissant, émouvant et pertinent ?

Les deux derniers shows entendus (15 et 16 avril à Los Angeles) comptent parmi les meilleurs que j'ai écouté.

Je suis rassuré et impatient. Vivement l'été !

* Born To Run, une chanson de Bruce Springsteen (pour les néophytes).
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# Posté le dimanche 19 avril 2009 09:34

Désamour

Jacques Chirac personnalité politique préférée des Français devant Rama Yade !

François Bayrou et Olivier Besancenot opposants préférés à un président pourtant bien élu ? !!!

Aussi éphémères soient-ils, ces sondages sont révélateurs du désarroi de nos compatriotes : un président de droite rejeté en son temps, inefficace mais bon enfant, incarnant la nostalgie d'un autrefois finalement pas si mal. Une ministre de droite fustigeant le PS (mais mariée avec un socialiste), tout en montrant sa différence au sein de son propre gouvernement. Un ex-ministre centriste devenu pourfendeur des valeurs sarkozystes. Un postier au look de boys band incarnant le renouveau d'un trotskysme devenu tendance...

Ces aspirations sentent bon l'oxymore (l'alliance des contraires) et montrent que le baromètre politique des Français est complètement chamboulé, qu'ils rejettent aussi bien le libéralisme sauvage de Sarkozy que les remèdes proposés par la Gauche traditionnelle.

Entre le paternalisme à la papa de Chirac, le féminisme volontariste de Rama Yade, l'humanisme provincial de Bayrou et la rébellion chic de Besancenot, la France cherche des nouveaux modèles, de nouveaux repères.

Nous regardons avec envie les Américains qui ont trouvé en Barack Obama la synthèse idéale : la tradition historique, la multiplicité ethnique, l'humanisme, l'avenir et le chic.

Eux ne regardent pas en arrière, ne regrettent pas leur précédent président, qu'ils ont mis aux oubliettes de l'Histoire.

Les "péchés" initiaux de Sarkozy (le Fouquet's, le bouclier fiscal...) l'ont définitivement empêché d'incarner la vraie relève, celui d'une ère nouvelle, d'un homme inscrit dans la modernité. Un bon paquet de mauvaises décisions et un vision propagandiste de la communication politique ont fait le reste.

En fait, son modèle relève plutôt d'un espèce en cours de disparition : le libéral moderne, qui réussit s'il a une Rolex avant 50 ans. Mais il y a deux ans, la recette a fait mirage.

Aujourd'hui, les Français recherchent une autre image d'eux-mêmes, ne se retrouvent pas dans ce président agité.

Ce désamour est problématique, amplifie la crise et rend et sa résolution encore plus grave qu'ailleurs.

Nous ne regardons plus demain, nous regrettons hier.
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# Posté le samedi 18 avril 2009 08:59

Modifié le mercredi 22 avril 2009 14:52

Sévice public

Sévice public
Comme tout le monde, je me suis mis à écouter la chronique de l'humoriste Stéphane Guillon sur France Inter, un rendez-vous aussi incontournable pour la France de 2009 que le furent les Guignols il y a quinze ou vingt ans.

L'apogée des Guignols (le milieu des années 90) correspond à une période précise : une crise politique et économique liée à l'usure de nouvelles techniques de communication politique de masse, apparues durant les années 80.

Pour parler moins techno, il était nécessaire de rire aux dépens des politiques car nous n'y croyions plus guère.

Les postures communicantes, la langue de bois, l'incapacité à apporter des solutions concrètes et derrière tout cela une gigantesque désillusion citoyenne.

Et puis les Guignols n'ont plus fait rire. Du moins pas autant.

Les marionnettes n'étaient plus un antidote suffisant, la com' et les postures ont pris le pas et le bling bling a triomphé.

Stéphane Guillon s'exprime sur un autre registre.

Puisque les hommes et femmes politiques ont franchi la dernière frontière made in France, celle qui consiste à préserver sa vie privée, puisque la période est à l'inculture et à la grossièreté, l'humoriste frappe là où ça fait mal et déboulonne les statues avec délectation, en n'épargnant personne.

Guillon est-il est bête et méchant ?

Certainement, à l'image de sa chronique violente sur DSK, loin de la posture de sauveur de l'économie mondiale portée par l'intéressé et l'ensemble du monde politique et économique.

Mais au moment où la France séquestre ses patrons car elle n'en peut plus de leurs privilèges et de leur autisme, on se dit que Guillon, durant quelques minutes vengeresses, fait la même chose avec nos politiques.

Quel salarié pris dans la culotte façon DSK conserverait son job en ayant dérogé au règlement intérieur de sa boîte ?

Qui a le luxe de se payer des vacances au soleil en février et faire un procès pour être pris en photo en maillot de bain avec son Jules ? (Moi, je veux bien donner les photos à Voici s'ils m'offrent 15 jours aux Seychelles en décembre).

Quel fonctionnaire des Postes peut se permettre de travailler quand il le souhaite ?

La dérive monarchique de l'époque rend nécessaire le retour des bouffons.

Les personnalités politiques nationales ont franchi le rubicond en exposant leur vie privée et nous faisant croire que leurs problèmes et leurs souffrances étaient plus importantes que les nôtres.

Ils méritent donc qu'on se foutent un peu de leur gueule, à la hauteur de leur prestige, de leurs avantages, de leur ego et de leurs responsabilités.

C'est presque une mission de service public.

C'est sur France Inter et ça nous fait du bien.

# Posté le samedi 11 avril 2009 03:18

Néandertal

Néandertal
Le mammouth pourrait-il faire son retour ?

Selon Le Monde 2, nous sommes sur le point de pouvoir lire l'ADN du grand-papa de Babar et nous pourrions ainsi le cloner, dans une démarche à la Jurassic Park (petite précision pour les nostalgiques des dinosaures, l'ADN est utilisable en dessous de cent mille ans, or, les dinos, c'était il y a 65 millions d'années). Ce passionnant article nous apprend également que le génome complet de l'homme des cavernes, ce cher Neandertal, sera décrypté dans quelques mois et que sa reconstitution, à partir d'un homme, sera beaucoup plus simple que celle d'un mammouth à partir d'un éléphant. Certes, les scientifiques crient à l'hérésie éthique mais, comme dans un bon vieux film de science-fiction, on se dit que quelques expériences plus ou moins occultes pourraient être tentées. Imaginez, par exemple, que la France se prenne ou ou deux piquettes au tournoi des cinq nations ou à la coupe du monde de football : en décongelant quelques Chabal des cavernes, la France pourrait peut-être se refaire une santé. Et puis Néandertal serait plus docile à la réforme, moins chiant que l'homme actuel. Fini les campagnes de promotion pour l'armée ou la gendarmerie, on aurait une nouvelle génération fin prête. Bref, y'aurait de quoi faire. Pourquoi s'en priver ?

Sans aucun rapport (quoique...), l'autre élément d'actualité plus immédiate qui a attiré mon attention cette semaine est la gesticulation presque néandertalienne de notre président de la République autour du G 20. En voilà un qui ne serait pas dépaysé au milieu des hommes des cavernes. Et hop, je te négocie à coup de bâton, j'éructe, je m'énerve, je joue les sales gosses, je ne respecte pas les conventions. Sarko, c'est le Docteur House de la politique, celui qui se permet tout (ou du moins pense le pouvoir), qui s'agite tout azimut, qui confond une rencontre internationale avec un One Man Show ou le festival Juste pour Rire. Sarko, c'est le mec qui veut avoir la plus belle nana, même si elle a deux têtes de plus que lui. C'est super rigolo de voir les photos du G 20 : Michèle Obama, avec son mètre 80, est à la hauteur de son mari et de celle de Carla, mais le petit Nicolas, lui, illustre par la taille l'écart entre le nouveau et l'ancien monde. Au moins Chirac, lui, faisait illusion sur les photos. Alors, notre président a voulu l'occuper l'espace manquant. J'y vais pas, je boude, je m'agite, je mets la pression... au risque d'ailleurs de laisser au président Américain le crédit d'un sommet pourtant initié par lui-même, qui n'a donc pas que des mauvaises idées. On ne dire jamais assez que le sort du monde peut être modifié, en bien ou en mal, par l'humeur et la psychologie de ses dirigeants. Heureusement, le président du monde (euh, pardon, celui des USA) est calme et posé, car regardez le précédent, petit nerveux excité et copain du nôtre... Il a quand même fait pas mal de conneries !

Paru également cette semaine dans Libération, un article sur les usages du portable dans le couple, à propos du bouquin "Le couple, l'ordinateur, la famille" (Éditions Payot - 2007). Mère abusive appelant son fils durant sa nuit de noces, outil de gestion de la répartition des tâches familiales, traçabilité de la vie du conjoint, le portable a pris une place de plus en plus importante dans le quotidien du couple. Pratiquement, il résout des problèmes, mais peut s'avérer aussi un intrus aliénant : comment avoir envie de retrouver cet autre qui est constamment derrière nous ? La vie de couple repose aussi sur le respect de l'identité et de l'intimité de l'autre, sur les jardins secrets respectifs. Joujou communicant, le portable peut également s'avérer un facteur d'incommunicabilité, s'il n'est pas utilisé avec mesure.

Bon dimanche

PS. Je sais, c'est pas bien de se moquer des footballeurs, des rugbymen, des gendarmes, des hommes politiques et de gens de petite taille. Que les petits m'excusent...
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# Posté le dimanche 05 avril 2009 09:40

Modifié le lundi 06 avril 2009 02:48