Bien entendu, la distance s'impose sur les états de grâce : on se souvient de celui de Jean-Pierre Raffarin et comment la populaire "France d'en bas" est devenue le repoussoir d'une gouvernance populiste.
Mais les faits sont là : les Français apprécient leur président.
Pourquoi ?
Vu le pessimisme ambiant, cette élection a été vécue comme celle de la dernière chance.
Il est logique et plutôt sain que le président débute son mandat avec un important capital de confiance.
Qu'on le soutienne ou pas, on a tous envie qu'il réussisse.
Son échec donnerait peut-être raison à ses opposants, mais serait problématique pour la France.
L'espoir porté en ce président est à l'image même des contradictions de son élection, l'espérance paradoxale d'un état qui peut tout faire et d'une société de réussite individuelle.
Nicolas Sarkozy aura à gérer ces contradictions et, malgré son savoir-faire, s'y cassera les dents plus d'une fois.
Mais n'allons pas trop vite : cette satisfaction du moment, c'est celle d'une envie de souffler, d'une envie d'y croire, de faire une pause.
La France de mai 2007, c'est un peu un conte de fée : le jogging comme symbole de l'activisme politique, le débauchage d'homme politique en guise de recomposition politique.
Peu importe les fidèles placés aux postes clés des médias, une réforme des successions qui ne profite qu'aux riches, on a tous envie de croire qu'ensemble, tout est possible.
Et finalement, il suffit d'y croire : le bilan de Nicolas Sarkozy comme ministre de l'intérieur est notoirement contestable. Mais son activisme a fini par faire croire à tous, par médias interposé, que les choses progressaient.
Nicolas Sarkozy a porté le volontarisme politique au rang des beaux-arts.
Son savoir-faire en la matière est indéniable, la France a retrouvé le moral, les déclinologues n'ont qu'à aller se rhabiller.
La victoire de Nicolas Sarkozy est avant tout psychologique. Il incarne le mouvement, l'avenir, l'ouverture, le renouveau.
Les critiques sont des mauvais joueurs, des mauvais citoyens.
Un président qui court ne peut être qu'efficace. Car peut importe où l'on va, l'important c'est d'y aller vite.
Tel le petit joueur de flûte de Hamelin, Nicolas Sarkozy nous a tous hypnotisé, les journalistes en premier lieu.
Où nous ménera sa douce mélodie ?