Joueur de flûte

Joueur de flûte
D'après le Journal du Dimanche, 65 % des Français sont satisfaits de leur président de la République, score historique jamais atteint depuis le Général de Gaulle.

Bien entendu, la distance s'impose sur les états de grâce : on se souvient de celui de Jean-Pierre Raffarin et comment la populaire "France d'en bas" est devenue le repoussoir d'une gouvernance populiste.

Mais les faits sont là : les Français apprécient leur président.

Pourquoi ?

Vu le pessimisme ambiant, cette élection a été vécue comme celle de la dernière chance.

Il est logique et plutôt sain que le président débute son mandat avec un important capital de confiance.

Qu'on le soutienne ou pas, on a tous envie qu'il réussisse.

Son échec donnerait peut-être raison à ses opposants, mais serait problématique pour la France.

L'espoir porté en ce président est à l'image même des contradictions de son élection, l'espérance paradoxale d'un état qui peut tout faire et d'une société de réussite individuelle.

Nicolas Sarkozy aura à gérer ces contradictions et, malgré son savoir-faire, s'y cassera les dents plus d'une fois.

Mais n'allons pas trop vite : cette satisfaction du moment, c'est celle d'une envie de souffler, d'une envie d'y croire, de faire une pause.

La France de mai 2007, c'est un peu un conte de fée : le jogging comme symbole de l'activisme politique, le débauchage d'homme politique en guise de recomposition politique.

Peu importe les fidèles placés aux postes clés des médias, une réforme des successions qui ne profite qu'aux riches, on a tous envie de croire qu'ensemble, tout est possible.

Et finalement, il suffit d'y croire : le bilan de Nicolas Sarkozy comme ministre de l'intérieur est notoirement contestable. Mais son activisme a fini par faire croire à tous, par médias interposé, que les choses progressaient.

Nicolas Sarkozy a porté le volontarisme politique au rang des beaux-arts.

Son savoir-faire en la matière est indéniable, la France a retrouvé le moral, les déclinologues n'ont qu'à aller se rhabiller.

La victoire de Nicolas Sarkozy est avant tout psychologique. Il incarne le mouvement, l'avenir, l'ouverture, le renouveau.

Les critiques sont des mauvais joueurs, des mauvais citoyens.

Un président qui court ne peut être qu'efficace. Car peut importe où l'on va, l'important c'est d'y aller vite.

Tel le petit joueur de flûte de Hamelin, Nicolas Sarkozy nous a tous hypnotisé, les journalistes en premier lieu.

Où nous ménera sa douce mélodie ?
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# Posted on Sunday, 27 May 2007 at 9:18 AM

Edited on Thursday, 31 May 2007 at 3:08 PM

Vibrophone

Vibrophone
J'ai décidé depuis maintenant un an de supprimer la sonnerie de mon téléphone portable.

C'est une décision majeure dans ma vie, la fin d'une dépendance insupportable.

Ce midi, à table avec des collègues, j'ai vu l'une d'elles sauter hors de la table pour répondre à la sollicitation de la sonnerie assourdissante de son téléphone.

Ce n'est pas l'importance de l'appel qui a déterminé la précipitation de sa réponse, mais le nombre de décibels.

Plus c'est fort, plus on s'énerve, comme si la vie de la personne à l'autre bout du fil en dépendait.

Le monde réel s'arrête alors pour l'accroc au téléphone qui doit répondre à son addiction téléphonique.

La plupart du temps, l'appel n'est pas important.

Un message sur le répondeur ou un mail aurait suffi.

Mais en répondant dans l'instant, on assouvit ce fantasme de communication permanente, cette toute puissance d'être en permanence On Line.

Sauf que c'est asservissant pour Miss ou Mister Téléphone et casse-couille pour les autres : les conversations (les vraies) sont interrompues, quelle que soit leur importance.

En tant qu'interlocuteur, on sent que l'on est moins important.

Pas moins important que l'autre interlocteur virtuel.

Non, moins important que ce vibromasseur des oreilles qu'est le téléphone portable.

Et bien, la communication humaine, c'est comme le sexe, mieux vaut le contact réel que les ustensiles, mieux vaut prendre son temps que de faire ça à la va-vite et à la sauvette.

Arrêtez ces insupportables sonneries téléphoniques, devenues de surcroît un bizness lucratif (parce qu'en plus, on paie pour se distinguer via son portable).

Goutez à la petite musique du silence et domptez la boîte diabolique : remise à sa place, elle redeviendra ce qu'elle n'aurait jamais du cesser d'être : un outil pratique, mais pas une prolongation maléfique et bruyante de son propre égo.
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# Posted on Friday, 25 May 2007 at 12:12 PM

Pas de sushi

Pas de sushi
J'ai ouvert ce blog avec l'idée de ne pas être lu, comme un exercice littéraire de journal intime.

Seule différence, la publication On line permet de faire comme si, de créer une obligation, un rituel.

Ce n'est pas comme ouvrir un fichier word et coucher sur papier (enfin, dans l'ordinateur) ses élucubrations.

Le blog, c'est un rendez-vous avec soi-même mais aussi avec des hotes virtuels, que l'on espère nombreux en redoutant peut-être qu'ils accèdent à notre page.

Et finalement, on se prend au jeu, au fil des associations d'idées qui, de jour en jour, forment un récit qui ne peut être que le sien.

Ton trop perso ? Pas assez ? Un ton de blog m'a dit mon ami. Ce qui ne m'avance guère.

Il y a quinze jours, j'arrivais avec de grandes ambitions, celle de contrer par ma modeste publication virtuelle (42 visites ce mois tout de même, dont une trentaine de ma part, histoire de fausser les statistiques) l'ombre planant sur notre pays d'un totalitarisme médiatique.

Oui, ma poche de résistance, le flambeau de l'indépendance d'esprit, la lutte contre la lavage du peu de cerveau disponible qu'il nous reste.

Et puis voilà, j'ai progressivement envie de parler de films, de séries, bientôt de mon héros Bruce Springsteen (bientôt, bientôt) et aujourd'hui du goût du gingembre dans l'excellent sushi que j'ai gobé ce midi.

Voilà ma pensée profonde du jour : plus de souci avec un bon sushi...

Mon cerveau est de plus en plus disponible...

A demain.
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# Posted on Thursday, 24 May 2007 at 12:47 PM

Une belle anatomie

Une belle anatomie
Trève de politique, parlons de choses sérieuses.

Hier soir, j'a retrouvé avec plaisir et émotion l'une de mes séries préférées, "Grey's Anatomy".

Le rituel d'une série télévisée est assez unique : les séries feuilletonnantes permettent, le temps d'une saison, de partager la vie quotidienne et les émotions d'un groupe de personnages dans chacun duquel on trouve un peu de nous.

La série médicale confronte ces personnages à des situations extrêmes, à des questions de vie ou de mort, à des problèmes d'éthique.

"Grey's Anatomy" n'est pas "Urgences". C'est plutôt un soap sur fond d'hôpital, parfois Ally Mc Beal, parfois Friends.

Mais l'ensemble est teinté d'un discrète mélancolie qui rend la série plus qu'attachante, addictive.

Aussi addictive, l'autre série médicale du moment, "Docteur House".

Ce Sherlock Holmes en blouse blanche est un personnage aussi odieux que fascinant.

Le voir refuser tout sentiment et toute empathie est un bonheur permanent, car l'on sait que cette froideur cache une souffrance et une âme sensible. Mais où moment de (nous) la révéler, il redevient encore plus odieux.

"Grey's Anatomy" et "Docteur House" : deux séries jubilatoires... qui devraient être remboursées par la sécurité sociale !
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# Posted on Wednesday, 23 May 2007 at 7:22 AM

Sous le signe du Zodiac

Sous le signe du Zodiac
Je n'ai jamais été un inconditionnel de David Fincher, trouvant son cinéma - de « Seven » à « Fight Club » - certes brillant et efficace mais avant tout poseur, clinquant et manipulateur. Raison de plus pour saluer l'exceptionnelle réussite de son dernier opus, « Zodiac », qui marque la maturité du cinéaste et son entrée dans la cour des (très) grands.

Douze ans après « Seven », « Zodiac » en reprend le même principe de base : la recherche d'un serial killer insaisissable. Mais le cinéaste semble vouloir contredire point par point son film matrice, montrant ainsi l'évolution de son cinéma : « Zodiac » est inspiré d'une histoire vraie, celle du tueur en série qui sévit à San Francisco à partir des années 60.

Malgré le trauma causé par les premières séquences de meurtre (terrifiantes car réalistes et délaissant les oripeaux traditionnels du suspense grandiloquent), le film s'attache avant tout à une galerie de personnages principaux (flics et journalistes) qui vont perdre la boule dans une enquête qui va devenir une quête de la vérité.

Entre « Les hommes du président » et « J.F.K. », Fincher reconstitue l'Amérique de l'époque, où le tueur s'approprie les médias et où flics et tueurs sont copiés par le cinéma. Il tisse et détisse le fil complexe de son intrigue pour nous mettre à la place de ses héros du quotidien, qui vont progressivement perdre la raison.

La mise en scène est d'un classicisme étincelant, n'affichant jamais sa virtuosité, mais s'approchant du réel avec une maestria saisissante. Rarement, les années 60 et 70 n'ont été aussi justement reconstituées, sans ostentation, avec authenticité.

L'image numérique conforte cette approche réaliste et prolonge les expérimentations de Michaël Mann dans « Collateral ». San Francisco est une ville tentaculaire, asphyxiante.

Mais ce sont avant tout les acteurs qui font le film : Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo et Robert Downey Jr donnent une incroyable épaisseur humaine à leurs personnages noctambules, loin des clichés traditionnels de l'enquêteur obstiné, et qui perdent progressivement leurs repères.

« Zodiac » est une telle réussite qu'on se demande si Fincher saura dans l'avenir se maintenir à un tel niveau, celle du Spielberg adulte de « Munich ». La comparaison n'est pas fortuite : la vérité du film réside dans le traumatisme enfantin du cinéaste, qui résidait à San Francisco lorsque le Zodiac menaçait par télévision interposée de faire sauter les cars scolaires. C'est cette ambiance de paranoïa généralisée qu'il retranscrit à merveille dans son film, trouvant écho dans l'Amérique inquiète d'aujourd'hui. Un très grand film.


Sans aucun rapport, je suis particulièrement irrité par la complaisance de la presse vis-à-vis du nouveau président. "Un président tout terrain" et "La France qui bouge" titre aujourd'hui "Le journal du dimanche", qui a perdu en crédibilité depuis l'affaire Cécilia de la semaine dernière (censure du directeur de la rédaction sur l'article prouvant que l'épouse du présidente n'avait pas voté au second tour). Ouest-France, sous la plume de François Régis-Hutin, semblait aussi se pamer hier devant l'activisme du président.

Qu'attendaient-ils ? Que le dynamique ministre se transforme en un président mou après avoir pensé à cela en se rasant durant cinq ans ? Qu'il allait laisser l'opposition (PS et UDF) reprendre du terrain pour les législatives en se montrant sectaire et ne donnant aucun signe d'ouverture ?

Non, Sarkozy est un homme politique brillant qui connaît tous les rouages de la communication et qui, à l'instar de Dominique de Villepin, croit en la symbolique des 100 jours.

Mais on attend autre chose de la presse que de l'admiration béate pour le Jack Bauer de la politique : du recul, de l'analyse, du décodage (entre ce qui relève de la com' et ce qui est de l'action politique).

A cet égard, je ne peux que vous recommander la lecture d'un ouvrage édifiant que je suis en train de dévorer : "La France dans les yeux", l'histoire de la communication politique de 1930 à nos jours, où comment nos politiciens d'aujourd'hui ne cessent de rénover des pratiques qui existent depuis des décennies pour toucher et convaincre l'opinion.

Elles sont légitimes (souvent), mais les connaître, c'est aussi permettre d'exercer une citoyenneté lucide, à la fois constructive et critique. Ce qu'on attend de la presse. Pas du publi-reportage !
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# Posted on Sunday, 20 May 2007 at 8:47 AM

Edited on Sunday, 20 May 2007 at 12:31 PM