Et oui, l'acteur le plus viril du cinéma américain, décédé en 1979, avait un prénom de fille. Mais c'est son cinéaste fétiche, John Ford, qui lui donna le nom plus archétypal de John Wayne, surnommé le Duke.
Plus qu'un nom, une marque, un morceau de granit du mont Rushmore.
Pourtant, cette frustration initiale explique sans doute une partie de son parcours et de son engagement, tout comme son empêchement médical d'aller sur le front durant la seconde guerre mondiale, alors qu'acteurs et cinéastes, de Clark Gable à son mentor John Ford, allaient faire leur devoir en Europe ou dans le Pacifique.
Pendant ce temps-là, Duke tournait des séries B, western d'opérettes, comédies ou polars. Il se rattrapa après la guerre en sauvant l?Amérique des dizaines de fois.
En France, John Wayne n'a pas forcément bonne presse.
On a trop vu cet acteur massif dans les derniers films de sa carrière, des westerns moyens réalisés par des faiseurs comme « Les géants de l'Ouest » ou « Le grand Mc Lintock ».
Idéologiquement, Wayne était un réactionnaire convaincu, pas très sympa avec ses petits camarades durant la chasse aux sorcières et empreint d'un nationalisme exacerbé.
Pourtant, il fut aussi un grand acteur et un pan essentiel du cinéma américain lorsqu'il croisa le chemin de cinéastes qui utilisèrent le mythe pour le transgresser, l'altérer ou tout simplement le créer.
John Wayne est le héros de quelques-uns des plus grands films du cinéma américain : « La chevauchée fantastique », « Fort Apache », « La charge héroïque » et « La prisonnière du désert » de John Ford, « La rivière rouge » et « Rio Bravo » d'Howard Hawks.
Dans ces sublimes westerns, parfois vieilli, il a nuancé son personnage traditionnel. Les deux cinéastes lui ont insufflé la nuance, la mélancolie, la violence, l'ambiguïté et la solitude de l'épopée de l'Ouest. Dans « La rivière rouge », l'héroïque pionnier devient un leader totalitaire. Dans « Rio Bravo », le shérif macho sait lutter contre les méchants mais se trouve démuni face à la femme qu'il aime. Enfin, dans « La prisonnière du désert », le vétéran de la guerre de sécession obsédé par la quête de sa nièce enlevée par les Indiens devient le symbole d'une Amérique individualiste, portant en elle le racisme mais aussi la réconciliation.
John Wayne a-t-il compris que ces personnages étaient bien plus complexes que ses propres convictions idéologiques ?
Pas sur, mais dans son sublime « Alamo », son premier film en tant que réalisateur, il a fait plus qu'une ½uvre de propagande pro-américaine : une ode à la liberté, à la démocratie, montrant un étonnant respect des méchants de l'histoire, les Mexicains, représentés avec plus de dignité que les politiciens de Washington.
Dans la vie, les différentes épouses de l'acteur furent toutes mexicaines.
Et si la générosité de ses grands films avait fini par fissurer la bannière étoilée qui entourait son c½ur ?
En photo, le dernier plan de "La prisonnière du désert" (1956) de John Ford. Sa mission accomplie (retrouver sa nièce enlevée par les Indiens), Ethan Edward n'arrive pas à rejoindre la communauté qui se reforme. Il va sans doute rejoindre sa vie errante. La porte va se refermer sur lui. Il est un homme du passé...