Le Duke aurait 100 ans

Le Duke aurait 100 ans
Michaël Marion Morrisson aurait 100 ans cette année.

Et oui, l'acteur le plus viril du cinéma américain, décédé en 1979, avait un prénom de fille. Mais c'est son cinéaste fétiche, John Ford, qui lui donna le nom plus archétypal de John Wayne, surnommé le Duke.

Plus qu'un nom, une marque, un morceau de granit du mont Rushmore.

Pourtant, cette frustration initiale explique sans doute une partie de son parcours et de son engagement, tout comme son empêchement médical d'aller sur le front durant la seconde guerre mondiale, alors qu'acteurs et cinéastes, de Clark Gable à son mentor John Ford, allaient faire leur devoir en Europe ou dans le Pacifique.

Pendant ce temps-là, Duke tournait des séries B, western d'opérettes, comédies ou polars. Il se rattrapa après la guerre en sauvant l?Amérique des dizaines de fois.

En France, John Wayne n'a pas forcément bonne presse.

On a trop vu cet acteur massif dans les derniers films de sa carrière, des westerns moyens réalisés par des faiseurs comme « Les géants de l'Ouest » ou « Le grand Mc Lintock ».

Idéologiquement, Wayne était un réactionnaire convaincu, pas très sympa avec ses petits camarades durant la chasse aux sorcières et empreint d'un nationalisme exacerbé.

Pourtant, il fut aussi un grand acteur et un pan essentiel du cinéma américain lorsqu'il croisa le chemin de cinéastes qui utilisèrent le mythe pour le transgresser, l'altérer ou tout simplement le créer.

John Wayne est le héros de quelques-uns des plus grands films du cinéma américain : « La chevauchée fantastique », « Fort Apache », « La charge héroïque » et « La prisonnière du désert » de John Ford, « La rivière rouge » et « Rio Bravo » d'Howard Hawks.

Dans ces sublimes westerns, parfois vieilli, il a nuancé son personnage traditionnel. Les deux cinéastes lui ont insufflé la nuance, la mélancolie, la violence, l'ambiguïté et la solitude de l'épopée de l'Ouest. Dans « La rivière rouge », l'héroïque pionnier devient un leader totalitaire. Dans « Rio Bravo », le shérif macho sait lutter contre les méchants mais se trouve démuni face à la femme qu'il aime. Enfin, dans « La prisonnière du désert », le vétéran de la guerre de sécession obsédé par la quête de sa nièce enlevée par les Indiens devient le symbole d'une Amérique individualiste, portant en elle le racisme mais aussi la réconciliation.

John Wayne a-t-il compris que ces personnages étaient bien plus complexes que ses propres convictions idéologiques ?

Pas sur, mais dans son sublime « Alamo », son premier film en tant que réalisateur, il a fait plus qu'une ½uvre de propagande pro-américaine : une ode à la liberté, à la démocratie, montrant un étonnant respect des méchants de l'histoire, les Mexicains, représentés avec plus de dignité que les politiciens de Washington.

Dans la vie, les différentes épouses de l'acteur furent toutes mexicaines.

Et si la générosité de ses grands films avait fini par fissurer la bannière étoilée qui entourait son c½ur ?



En photo, le dernier plan de "La prisonnière du désert" (1956) de John Ford. Sa mission accomplie (retrouver sa nièce enlevée par les Indiens), Ethan Edward n'arrive pas à rejoindre la communauté qui se reforme. Il va sans doute rejoindre sa vie errante. La porte va se refermer sur lui. Il est un homme du passé...
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# Posté le dimanche 10 juin 2007 09:27

Modifié le mercredi 20 juin 2007 08:37

Musique et démocratie

Musique et démocratie
J'ai acheté hier avec la même fébrilité qu'à l'origine le dernier Live de Bruce Springsteen, enregistré en novembre 2006 à Dublin, entouré de son invraisemblable orchestre folk/blues/cajun/celte/gospel/tzigane.

Pourquoi (encore) écouter Bruce Springsteen en 2007 ?

Pour la même raison que j'ai commencé à le faire en 1981.

L'année de mes 18 ans, de tous les espoirs permis, même en politique !

J'ai écouté et visionné hier et aujourd'hui ce Live in Dublin.

Pas qu'un disque live et un bon concert de musique traditionnelle américaine. Un acte de résistance.

Que fait Springsteen durant ce concert ?

Il revisite son répertoire et celui de la musique américaine.

En filigrane, il fait acte de mémoire et transmet la tradition d'une musique de lutte, des champs de coton des esclaves aux terres devastées de l'Oklohoma et de la Nouvelle Orléans.

Lui qui sait si bien partir en solitaire chanter les désordres du nouvel ordre mondial présente ici cette musique de tradition avec un groupe qui est aussi un modèle de démocratie, un microcosme d'Amérique, black and white, homme et femme, chacun représentant un petit pan de la musique américaine. Un melting-pot pourri culturel et musical !

Et le patron là dedans ?

Il donne le cap, mais s'efface quand il faut. Chaque musicien, chaque soliste, vocaliste ou musicien, a sa place, son moment.

Des individualités au service du groupe, un leader qui sait se mettre en retrait, la mémoire collective pour parler du présent et de l'avenir (une ballade irlandaise anti-guerre de 1815 à propos de l'Irak, une autre écrite en 1929 et complétée aujourd'hui pour évoquer l'ouragan Katrina...)...

Ecouter Springsteen en 2007, c'est entendre une musique hors des modes qui invoque le passé pour construire l'avenir, qui croit encore que la démocratie est l'affaire de tous et pas du chacun pour soi, qui défend l'idéal communautaire d'une société ou chacun a sa place, quelque soit sa race, ses opinions et sa couleur musicale ou culturelle.

Pas étonnant que ses musiciens aient l'air de pionniers de l'Ouest américain, sortis de la série Deadwood.

Vu l'état (désuni) des lieux, il faut presque tout recommencer, retrouver, en musique, le son de la démocratie. Il faut repartir à zéro.

Le Boss est une nouvelle fois parti au turbin.

Y'a du boulot, en ces temps où triomphent les leaders autocrates et une société qui flatte l'individualisme pour justifier l'exclusion.

Springsteen est aussi important en 2007 qu'en 1981. Mais moins populaire, pour cause...

"Bruce Springsteen and The Sessions Band : live in Dublin".
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# Posté le mardi 05 juin 2007 07:36

Modifié le mercredi 06 juin 2007 04:06

La force n'est plus avec moi

La force n'est plus avec moi
« Star Wars » fête ses 30 ans cette année, le premier film étant sorti fin mai 1977 aux U.S.A.

On peut s'étonner du peu d'éclat de cet anniversaire, il est vrai accompagné d'aucune reprise, d'aucune une sortie substantielle, d'aucune fiction nouvelle.

Mais finalement, aussi novateur et agréable qu'ait été « Star Wars » en 1977, faut-il vraiment célébrer sa sortie ou plutôt analyser ses conséquences négatives sur le cinéma américain ?

En 1977, « La guerre des étoiles » est le troisième film de George Lucas, jeune protégé de Coppola, le maître à penser du Nouvel Hollywood, ce mouvement - composé de Martin Scorcese, Brian De Palma, William Friedkin, Steven Spielberg puis Michaël Cimino - qui impose sa loi aux grands studios et invente les superproductions d'auteur.

Le succès de « Star Wars », amplifié par celui des films de Spielberg, et l'échec d'½uvres plus matures de Friedkin (« Le convoi de la peur ») et Cimino (« La porte du Paradis ») sonneront le glas de cet âge d'or.

Les années 80 sont à nouveau celles des studios, des produits sans âmes réalisées par des faiseurs et surtout celui d'un cinéma désormais conçu et vendu pour le principal public du cinéma américain, les adolescents.

Si « Star Wars » est un film réussi, un joli conte mythologique, il symbolise la domination du cinéma à effets spéciaux, de la série B customisée en grosse production, des produits dérivés prenant progressivement le pas sur le film, la systématisation des suites et des formules, et plus généralement l'infantilisation du cinéma américain dominant.

Lucas - qui reste quelque part un cinéaste marginal et rebelle - l'a compris et sa nouvelle trilogie, de 1999 à 2005, est une métaphore à peine déguisée des tendances totalitaires de l'Amérique et des conflits internes qui l'habite.

Il n'empêche, si « La revanche des Siths » lui a permis de se rattraper en présentant un film d'une belle noirceur, il est à l'origine de la crise actuelle d'un cinéma hollywoodien dominant de moins en moins intéressant, sauf lorsqu'un auteur (Sam Raimi, Peter Jackson?) se glisse dans une superproduction pour la faire sienne.

Son alter ego, Steven Spielberg, l'a compris depuis longtemps : le cinéaste adulescent des années 70 et 80 est devenu l'un des auteurs les plus intéressants du cinéma contemporain, libéré des contraintes économiques et s'exprimant avec force sur le terrain des questions morales, éthiques et politiques, de « Minority Report » à « Munich ».

Dire que j'étais un fan de « Star Wars "... La force n'est plus avec moi !
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# Posté le dimanche 03 juin 2007 09:00

Modifié le dimanche 30 septembre 2007 03:02

Crois en moi !

Crois en moi !
Les politiques sont des vendeurs d'illusions.

La campagne présidentielle s'est déroulée sur l'idée simple que l'on pouvait travailler plus pour gagner plus, dans une logique de croissance qui nous rappelle les 30 trente glorieuses.

Il y a un an, Nicolas Hulot tirait la sonnette d'alarme : les enjeux du réchauffement climatique doivent nous amener à changer nos modes de vie et de consommation.


Décroissance ? En tout cas, une croissance, un développement d'un autre type.

Il a été tellement bien entendu qu'il en a été vampirisé, chacun se faisant une bonne conscience écologique à bon prix.

Nul ne doute de la sincérité d'Alain Juppé (sa conversion québecoise me semble d'ailleurs un des éléments les moins marketés du nouveau gouvernement).

Mais le reste du programme (et des programmes) intègre-t'il vraiment les remises en cause qui s'imposent ?

Adepte du parler vrai, on a senti l'autre Nicolas très discret sur cette nécessaire remise en cause.

Son programme, comme celui des socialistes d'ailleurs, cible le citoyen-consommateur dans son égo absolu, mais pas le citoyen responsable qui doit repenser ses modes de vie, de déplacements, de consommation.

Dans cette perspective, je vous recommande le supplément du "Monde" paru cette semaine sur le développement durable, intitulé "La croissance en question".

Hervé Kempf nous rapple que la croissance n'est qu'un moyen et que son obsession, qui rassemble la droite comme la gauche, est aveugle à l'ampleur de la crise écologique.

L'augmentation du Produit Intérieur Brut (+ 80 % de 1978 à 2005) n'a pas fait reculer le chômage et n'a pas réduit les inégalités.

Le journaliste nous rappelle qu'il est essentiel aujourd'hui de réduire les consommations matérielles.

Bref, il ne faut pas tant consommer autrement que consommer moins, cesser cette spirale consumériste qui fait de nous des dépendants permanents.

Dans ce sens, le mot développement durable est presque caduc car il repose sur la contradiction entre la nécessité de réduire les prélévements de ressources naturelles et celle de poursuivre un développement porteur de richesse.

Il faudra bien repenser notre modèle de vie collective, larguer quelques amares, supprimer quelques dépendances.

Mais les périodes électorales ne sont pas les plus propices pour cela.

Et juste après ?

On prépare déjà les prochaines élections.

Mais le temps écologique n'est pas le temps politique.

Puissions-nous ne pas en pâtir un jour prochain...

PS. Difficile de se concentrer en écrivant cette chronique : la pub de l'hebergeur s'agite en me proposant le "classe des 100 stars sexy 2007" de FHM. J'ai beau être de marbre, je n'ai pu m'empêcher d'aller cliquer pour me faire une idée. Simple curiosité scientifique...
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# Posté le vendredi 01 juin 2007 12:50

Modifié le vendredi 22 juin 2007 02:49

La fête du Je

La fête du Je
Dans le dernier "Psychologies Magazine", le psychanalyste Ali Magoudi décrypte les raisons du vote des Français lors de la présidentielle. Une lecture essentielle et une analyse un peu inquiétante des tendances individualisantes de notre société. Extraits.

"L'identification a fonctionné grâce à un message de Nicolas Sarkozy : l'individu, en tant qu'égo, peut faire face à l'adversité (...) Le jeu d'identification ente les électeurs et lui repose sur cette idée selon laquelle le passé traumatique est source d'énergie pour avancer".

Selon Ali Magoudi, ce discours est rassurant : "nous sommes tous comme celui qui tient ce discours, et tous susceptibles de suivre le même parcours... Il nous suiffit de faire comme lui : plutôt que de se tourner vers les structures collectives, nous allons chercher en nous les moyens de nous en sortir. La France qui a voté pour lui a accepté l'idée du "moi triomphant" (...) Il a réussi à convaincre les Français qu'il suffisait de volonté pour que les régles établies ne contraignent pas l'individu (...) Le monde est à chacun de nous. Il suffit d'en avoir la volonté. C'est un aspect caractéristique de notre société très individualisée ".

À méditer.
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# Posté le lundi 28 mai 2007 09:56