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Finitude

L'omniprésence médiatique de la catastrophe de l'airbus Rio/Paris a servi à plus d'un titre de révélateur de nos états d'âme, collectifs et personnels.

Lundi dernier, la répétition en boucle de la catastrophe sur les chaînes d'information continue, jusqu'à l'écoeurement. Enfin une bonne info, une bonne histoire à étirer jusqu'à plus soif. Comment occuper l'antenne sans éléments supplémentaires, mais pour répondre à ce besoin d'information, d'occuper l'espace pour compenser le traumatisme...

Il y a eu ensuite le mystère, l'émergence des hypothèses (on nous cache la vérité, et si c'était un attentat ?), ce besoin de trouver d'autres explications que celle qui existe, car une telle catastrophe ne peut être qu'exceptionnelle. Comme pour le 11 septembre, on se disait que les scénaristes hollywoodiens ont déjà fait le boulot : le mystère du vol disparu, ça fait cinq ans qu'on le suit sur TF1, avec la série Lost. TF1 a d'ailleurs déprogrammé sa nouvelle série, Fringe, car elle débutait sur une catastrophe aérienne due à des problèmes électriques. La télé réalité, ok, mais pas de fiction trop réelle...

Et puis il y eu ce moment particulier où les passagers n'étaient plus des statistiques anonymes, mais des êtres de chair et de sang, des destinées fauchées dans la nuit. Et là, les médias d'information sont redevenus dignes. Scruter les familles des victimes en temps réel avait quelque chose de choquant, tout comme l'empathie opportuniste de nos politiques (mais que peuvent-ils faire d'autre, à moins d'être taxés d'indifférence ? C'est le lot de l'arène médiatique). Oui, progressivement, ces corps disparus sont devenus des gens, qui nous ressemblent, qui auraient pu être nous, partis avec des amis, pour travailler ou voyager, avec ou sans enfants. On imagine la détresse des grands parents se disant qu'ils vont devoir élever des enfants en bas âge, des enseignants ayant à expliquer en classe la perte d'un élève, autant de drames qui expliquent que, malgré notre envie de penser à autre chose et de couper le canal, nous soyons accrocs à ces commémorations collectives, à la médiatisation cathartique des grandes catastrophes : elles nous laissent pantois car elles nous mettent devant notre propre "finitude", devant l'absurdité et la soudaineté de la mort. S'abreuver d'informations, d'explications, de célébrations, c'est participer à ce deuil collectif pour mieux préparer les nôtres. Ou pour mieux en repousser l'échéance...
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# Posté le dimanche 07 juin 2009 09:32

Modifié le mardi 09 juin 2009 01:14

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