Battlestar Galactica

Battlestar Galactica
Comment l'une des séries télévisées les plus ringardes de la fin des années 70 est devenue le mètre-étalon de la science-fiction contemporaine ?

C'est le mystère Battlestar Galactica, dont le dernière saison vient de sortir en DVD.

Un must pour les amateurs de science-fiction, de séries TV US et pour les autres.

Battlestar Galactica, c'est l'anti Star Wars.

Comme dans la série originale, le scénario raconte l'odyssée des 50 000 humains ayant survécu à l'attaque des Cylons, des robots qui ont évolué jusqu'à acquérir une intelligence supérieure à l'homme, et la recherche de la Terre, la planète d'origine de ces humains du futur.

À partir de cette trame finalement classique, la série explore le quotidien d'une communauté réagissant à une période de crise, le conflit entre démocratie, état de droit et état de siège, la place de la religion, le corporatisme, la purification ethnique, la tentation fasciste de la société américaine, le conflit irakien...

Le décor de Science-fiction permet d'éviter l'aridité des films à thèse, mais le contenu est bien politique et social.

Battlestar Galactica est en fait une puissante métaphore de l'Amérique d'aujourd'hui, un portrait au vitriol des USA de Bush.

La série est apparue en 2003 et disparaît en 2009, avec l'élection de Barack Obama. Ce n'est pas un hasard.

Avec "The West Wing" (À la maison Blanche), ce Space Opéra est la plus virulente critique et le commentaire le plus acerbe sur les USA d'aujourd'hui, tout en contenant l'espoir démocratique qui a permis le changement politique de 2008.

Une fois de plus, l'Amérique surprend par sa capacité à allier spectacle, épopée, analyse sociale et politique.

Battlestar Galactica est l'une des meilleures séries de la décennie.

Elle montre aussi que la fiction artistique joue un rôle fondamental de contre-pouvoir dans les démocraties. À condition que les créateurs en aient le courage.

Où sont les (science) fictions françaises qui racontent notre époque ?
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 27 septembre 2009 12:24

Trio infernal

Chaque jour, nous ne pouvons que déplorer une société de la surmédiatisation, de l'émotion immédiate et de la politique spectacle.

Mais qui l'alimente ?

Les médias qui branchent l'amplificateur au moindre mécontentement, au moindre fait divers, pour vendre du papier, du temps d'antenne et de l'espace publicitaire, renforçant ainsi notre perception d'un monde inquiet et trouble, dirigé par des politiciens qui semblent réduits à des montures de tiercé ? Casaque rouge, casaque jaune, je passe devant, je passe derrière...

Dans ce monde de "communication globale", les hommes politiques ne décident plus en fonction de leurs convictions, des études et des recherches de spécialistes ou des philosophes, mais des enquêtes d'opinion ou de leur perception de ce que sera la réaction des électeurs.

Dans ce contexte, plus de courage politique. Plus de réforme, les vraies. Pas de courage pour faire évoluer les solutions dans le bon sens.

La France d'aujourd'hui ne pourrait plus abolir la peine de mort. Les sondages du JDD donneraient - 10 % d'emblée à Mitterrand et ses conseillers, qu'il écouterait davantage que Robert Badinter, lui demanderaient de renoncer, au risque de compromettre le prochain scrutin local.

Et il y a les citoyens, qui bien sûr abhorrent cette société de la politique spectacle et communicante, mais l'alimentent, aussi fascinés que des Romains assistant aux jeux du cirque.

Ce trio infernal a toujours existé, régulé par la grandeur et le courage des politiques visionnaires, permettant de temps à temps l'échec des démagogues et le triomphe de la vraie démocratie, des valeurs humanistes et progressistes. Les USA ont cette chance, comme le montre le combat de Barack Obama pour la couverture santé.

Mais est-ce possible aujourd'hui en France, tant les nouvelles technologies, de la télévision à Internet, multiplient à l'infini le triomphe de l'émotion sur la réflexion, la victimisation, la stigmatisation et une forme d'indifférence généralisée ?

En même temps, ces nouvelles technologies portent en elles-même leur propre antidote.

Les politiques verrouillent leur communication, ne laissent pas passer un seule image, construisent un édifice aussi solide qu'artificiel pour sacrifier au tout image 24 heures sur 24.

Et puis des fois, ça dérape, des images captées sur la toile, façon Hortefeux, ou un bouquin sur des bidouillages électoraux. Des accrocs dans le récit glacé qu'on veut nous vendre.

Et on se réjouit, car au fond, on n'y croit plus vraiment.

Mais ce n'est qu'une victoire à la Pyrrhus.

Car la société se fige dans ses revendications sectorielles, sans que l'on sache vraiment si elle ne finit pas par ressembler au miroir déformant qu'en donne les médias et les politiques...
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 20 septembre 2009 12:16

Modifié le jeudi 24 septembre 2009 14:39

Territoires

Territoires
J'ai un drôle de boulot : communicant territorial. Je ne sais, ça ne vous parle peut-être pas, mais en gros, l'idée est de bosser pour une collectivité (une mairie en ce qui me concerne) et de faire parler d'elle.

Oui, mais encore ? De quoi parler ? Du "territoire" ? Des gens qui y vivent ? De l'institution ? Des élus ? Est-ce une mission d'information et de service public ? Est-ce une fonction "politique" qui vise à valorise l'exécutif ? S'agit-il d'informer ? De fédérer ? D'embellir la réalité ? Et faut-il parler tout le temps, au risque d'illustrer Michel Audiard et son "C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule", la clé de la communication d'aujourd'hui...

Ce job pose au quotidien des tas de questions, techniques, éthiques, politiques et son exercice est un art permanent du compromis, celui qui consiste à réunir dans une même pratique le devoir d'informer du journaliste, le service du public et la lucidité d'une mission liée au politique.

J'ai un peu de bouteille en la matière, matière qui fait l'objet d'un livre que j'ai écris ces derniers mois avec un autre professionnel, Luc Renac, spécialisé dans la direction artistique, le pendant idéal au journaliste de conviction que je reste.

Le truc s'appelle "Presse territorial : mode d'emploi" et sort ces jours-ci chez Territorial Éditions. Bien sûr, c'est un bouquin professionnel, rempli de trucs et d'astuces. Mais nous l'avons aussi conçu comme une réflexion sur l'évolution de l'information et de la communication, à l'heure des crises économique, politique, et de la révolution numérique.

Pour vous faire une petite idée, je me permets de publier ici l'intro du bouquin, intitulée "Il était une fois... le territoire", et dans la quelle j'ose une passerelle entre mes activités professionnelles et ma passion pour le western, ce condensé de toutes les problématiques humaines déguisé en épopée aventureuse. Voici l'extrait...

Il était une fois... le territoire

La création d'organes de presse est étroitement liée à l'aménagement d'un territoire, quel qu'il soit. La conquête de l'Ouest américain, au XIXe siècle, en est le parfait exemple. Repousser la frontière, c'était édifier la Loi et l'ordre, aménager le territoire, mettre en place la civilisation et le pouvoir, organiser l'information. Dans cette perspective, l'organe de presse avait de multiples fonctions : recenser et distribuer une « communication » des différents acteurs de la cité, permettre au pouvoir en place de s'exprimer, faciliter la vie quotidienne et l'accès au service (à quelle heure part la prochaine diligence ?), contribuer à organiser la vie collective, voire permettre le débat. En un mot, la civilisation en marche... Avec, en filigrane, une question qui demeure : dans cet Ouest en construction, s'agissait-il d'information ou de communication (enfin, son ancêtre, la propagande), s'agissait-il de dire la vérité ou d'imprimer la légende ? Véhiculée par la littérature puis par le cinéma, la mythologie de l'Ouest américain repose sur le trait grossissant des reporters qui ont scénarisé le réel, l'ont enjolivé pour le rendre supportable, créant ainsi le mythe de la Frontière. C'est le « storytelling », théorisé en France par Christian Salmon dans son excellent ouvrage et, au passage, une question essentielle que nous poserons dans le nôtre : représentation idéalisée de la communauté et du territoire ou récit fantasmé, information ou communication ? À l'Ouest, y'a-t-il vraiment du nouveau ?

Quittons le XIXe siècle et l'Ouest américain pour la France du XXIe siècle et commençons ce récit par une devinette.

Quel est le journal le plus lu par les Français ? Quelle publication entre dans chaque foyer ou presque (maudit « Stop Pub » !) ? L'Équipe ? Ouest-France ? Télé 7 jours ? Femme actuelle ? Non, il s'agit du journal édité par l'institution territoriale. Près de 15 millions d'exemplaires répartis sur les 36 783 communes, les 26 régions, les 100 départements, les communautés urbaines, les communautés d'agglomération, les communautés de communes...

De manière générale - et à moins d'une personnalisation excessive d'une publication liée à un exécutif rejeté (en un mot, le journal d'un maire détesté) - les publications territoriales, en particulier les publications communales, sont vivement appréciées par leurs lecteurs. Des études ont montré qu'elles étaient un « support d'information privilégié » pour 70 % des Français. Quelle que soit leur forme d'ailleurs, n'en déplaise aux professionnels. Du BIM (Bulletin d'Information Municipal) regroupant maladroitement et de manière informelle les petites annonces - du chat perdu à la date du conseil municipal - au magazine conçu et rédigé par des professionnels, le journal du territoire bénéficie d'un capital/sympathie et d'une adhésion liés à son assise géographique. Au passage, c'est bien la question du territoire qui interroge les publications des autres institutions : intercommunalité, conseil général, conseil régional. Faut-il, dans ce cas, éditer un journal de l'institution ou du territoire, parler des compétences, d'un art de vivre, d'une politique ? Faut-il d'ailleurs éditer une publication ?

Mais jusque dans les communes, la question même de l'existence du journal mérite d'être posée, tant celui-ci voit son rôle, sa forme et ses modes de réalisation remis en cause. Nous le verrons, même si nous sommes pleinement attachés à l'existence de la presse territoriale, la première question à se poser est celle de sa pertinence et de son utilité.

En ce début de XXIe siècle, de nombreux facteurs interpellent la presse institutionnelle territoriale : la multiplication des sources et des supports d'information, les nouvelles technologies, le développement durable, la nécessité d'instaurer un dialogue avec le citoyen, les expériences en matière de démocratie participative et plus généralement, une logique de média 2.0 qui met le citoyen (ou l'usager) en place centrale, les crises (économique, écologique, de la parole publique, de la presse écrite...), la « scénarisation » de l'information et de la communication institutionnelle...

Autant d'éléments qui ne plaident pas, loin s'en faut, contre la presse de l'institution, mais qui redéfinissent sa finalité, sa forme, ses modes de fabrication et de distribution.

Pour la collectivité, il ne s'agit pas uniquement d'émettre un « bulletin officiel », mais de convaincre, fédérer et séduire, de toucher toutes les couches de population, de s'adresser à l'usager pour réveiller le citoyen.

Pour le communicant, au-delà des différentes étapes, politiques, éditoriales et techniques, il s'agit également de concilier les exigences d'une commande politique et celles d'une mission de service public et de trouver le juste équilibre entre la communication et l'information. Autrement dit, créer une publication de communication qui sache informer. Exercice un brin schizophrénique, mais pour lequel existe de nombreuses réponses, et pas uniquement chez un thérapeute ! Cette publication vise à les recenser.

Presse territoriale : mode d'emploi, de Thierry Saurat et Luc Renac. Territorial Éditions.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 19 septembre 2009 11:53

Père et fils

Bien que je ne lui ai pas dit de vive voix, j'ai été très ému par l'hommage rendu par mon ami Laurent Samuel à son père, le mathématicien et pionnier de l'écologie Pierre Samuel, disparu le mois dernier.

Il ne saluait pas la contribution de son père à la science et à l'écologie - d'autres l'ont fait -, mais à une filiation accomplie, à des valeurs, une éthique, une vision du monde transmises par le père au fils.

Etre conscient de sa place dans la filiation est la condition sine qua none pour transmettre à son tour, à ses propres enfants ou aux autres.

L'émouvant hommage de Laurent à son père, que vous trouverez sur son remarquable blog Planète, a trouvé un écho dans les événements douloureux qui ont récemment affecté ma famille et m'ont amené à me questionner sur le rôle du père. La chose la plus dure au monde. Pas d'école, pas d'étude, pas de recette. Donner vie à un enfant ne fait pas de nous un père. On le devient, plus ou moins, au contact de la vie, des événements, à condition d'avoir accepté d'être un fils et d'avoir trouvé sa juste place dans le "cycle de la vie".

Il y aura 20 ans l'an prochain que mon père est parti. Un homme modeste, simple et honnête. Qui a fait ce qu'il pouvait pour me transmettre ses valeurs, pour me protéger, pour m'assurer un avenir. Je l'ai un peu méprisé car il n'était pas assez ou était trop pour moi : pas assez "intellectuel", trop à droite, trop pied-noir. Il est parti lorsque je suis devenu père et j'ai cru pouvoir assumer ma paternité seul, sans le chemin tracé par lui. Aujourd'hui, 20 ans après, cette figure paternelle me manque d'autant plus que je ne réalise qu'aujourd'hui que je lui dois ce que je suis.

Trop centré sur moi-même, fils de personne, j'ai peut-être longtemps oublié d'être père ou ne sachant pas l'être, assurant bien sûr le matériel et l'affection, mais, cherchant moi-même la bonne route, pas tout à fait capable de montrer le chemin aux miens. Ayant moi-même douté de l'importance de ce père que je trouvais quelconque, je n'étais pas sûr de celle de la mienne aux yeux de mes enfants.

Aujourd'hui, j'ai 46 ans. J'ai accepté mon père tel qu'il était. Unique à mes yeux. Il me manque chaque jour. L'avoir retrouvé me permet enfin d'être un vrai père. Pas tant celui qui monte la voix que celui qui montre la voie. Même si celle-ci est semée d'embûches.

# Posté le dimanche 13 septembre 2009 10:08

Modifié le dimanche 13 septembre 2009 12:38

Nouvelles frontières

Avouez qu'il y a de quoi y perdre son latin : la taxe carbone proposée par un gouvernement de Droite est soutenue par les Verts, rejetée par une partie des socialistes. Quand aux Français, que l'on croyaient massivement convertis à l'écologie - ce que confirment sondages et élections européennes - , ils sont massivement contre cette nouvelle taxation. À cette confusion généralisée s'ajoute la conversion de François Bayrou au centre gauche, effective depuis 2007, mais affirmée depuis ce week-end.

On le voit, les frontières politiques se recomposent, ce qui n'est finalement pas un mal : les problèmes de notre siècle nécessitent d'autres réponses que les recettes du précédent, elles-mêmes issues de analystes du 19e siècle.

Pour la taxe carbone, sans doute qu' à trop ménager la chèvre et le chou, on a fini par perdre la lisibilité de cet impôt pourtant essentiel, qui tend à la responsabilisation des comportements polluants. Mais forcément, le risque est de faire payer les plus fragilisés, qui, paradoxalement, sont souvent ceux qui consomment le plus. Il n'y aura pas de taxe carbone efficace si les Français ont le sentiment qu'ils trinquent alors que les industriels et les puissants se développent en toute impunité. Même indispensable, cette impôt carbone est aussi le révélateur des contradictions et de l'hypocrisie de notre société de consommation, qui crée en permanence des nouveaux besoins, inévitablement polluants, mais qui pénalise celles-ci et ceux qui la font tourner. Avant de taxer l'aval, il faudrait donc taxer l'amont...

Comme professionnel de la communication, je suis quotidiennement stupéfait par les ravages de la société dite communicante. Chaque problème, chaque question, chaque acte est accompagné d'une volonté de communiquer ou d'une frustration de ne l'avoir pas fait. Je me suis planté ? Je n'ai pas assez communiqué ? Je veux que l'on parle de moi, je veux exister... À tel point que la communication contemporaine finit par illustrer Michel Audiard et son fameux "Ce n'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule". Cette quête quasi existentielle de l'expression permanente ne fait que rajouter à la confusion et au brouhaha. Connecté au monde par le téléphone portable, présent sur mon blog ou sur Facebook, j'utilise comme tous ces nouveaux outils et entretient une relation virtuelle avec vous. Mais avec un rythme d'actualisation hebdomadaire (un peu pépère me direz-vous), j'ai aussi fait le choix de la non-dépendance à ces supports, j'ai choisi de prendre le temps de vivre, de travailler, d'être un mari, un père, de lire...

Personnellement et professionnellement, je tente - souvent sans succès - d'appliquer une écologie de la communication qui ne me rend pas l'esclave des outils et des médias, mais qui me permet de les utiliser pour trouver le juste équilibre entre la vraie vie et la vie virtuelle.

De manière assez curieuse, cette rentrée que l'on aurait cru morose laisse entrevoir de nouvelles frontières : politiques, comme je vous le disais tout à l'heure, mais aussi psychologiques et morales. Si la taxe carbone n'est pas populaire, les Français sont peut-être prêts à vivre autrement, à lâcher prise, à remettre leur travail et leur consommation à leur place. Prêts à vivre plus harmonieusement avec les leurs et leur environnement. Si les décideurs, les entreprises et tous les grands de ce monde nous montraient l'exemple, plutôt que celui d'une hyper activité stérile dopée à l'hypercommunication, gageons que n'aurions pas plus besoin de taxe carbone que de Rollex pour réussir avant 50 ans. Mais de ce côté-là, il y a encore un peu de boulot !
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 06 septembre 2009 09:42