Herman, Jocelyn, powerpoint et Bruce

Herman, Jocelyn, powerpoint et Bruce
J'ai découvert notre président européen alors que la télévision avait le son presque baissé et que je faisais autre chose. J'avoue honteusement que le premier ministre belge m'était jusqu'alors inconnu. Je ne doute pas de ses compétences. Mais ce qui m'a frappé, ce que j'ai retenu de cette première vision, c'est sa coupe de cheveu, chauve au milieu, hirsute sur le côté. Des cheveux en bataille, à peine coiffés, comme s'il sortait du lit. Des lunettes épaisses. Il ressemble davantage à Gollum, à l'Elfe d'Harry Potter, à un professeur foldingo qu'à un leader politique. Ce n'est d'ailleurs pas un élu du peuple, mais un "choisi par les siens", un homme d'appareil politique. Pour ses compétences, pour son intelligence, mais pas pour son charisme, son sex-appeal, ce charme, cette prestance qui transforment les bons hommes politiques en grands leaders.

Il semble qu'Herman Machin Chose soit le choix du couple franco-allemand. Sans doute pour de bonnes raisons. Mais aussi pour d'autres, inavouées. Le petit énervé et la mémé sac à main ne voulaient pas d'un Tony Blair, et pas uniquement pour des raisons politiques. Avec ce petit président au look de terne fonctionnaire désigné par les siens, il semble que l'Europe conserve son image techno. Avec ce terne président, les dirigeants envoient un signal clair : l'Europe n'a rien d'un régime présidentiel.

A moins qu'Herman ne se révèle et incarne cette fonction autrement, en faisant autre chose que la politique médiatique et en donnant du sens à des institutions européennes qui en ont bien besoin. Après tout, il ne faut pas se fier aux apparences, même si, dans notre cas, elles en disent long...

Sans aucun rapport, j'ai été ému par la mort de Jocelyn Quivrin, un acteur dont je n'avais pas suivi toute la carrière, mais que j'avais découvert dans l'excellente adaptation télévisée de Rastignac ou les ambitieux. Forcément, son destin à la James Dean lui confère une dimension romanesque, tout comme sa liaison avec l'actrice Alice Taglioni. Mais c'est surtout très con de se planter sur la route à cet âge, que l'on soit acteur connu ou pas.

Je ne sais pas si j'en ai parlé, mais j'ai une véritable aversion pour les powerpoint, ces diaporamas certes parfois utiles, mais un outil de communication qui devient paradoxalement un facteur de non/communication.

Pour une raison très simple, d'ailleurs : l'échange entre l'émetteur et le récepteur est parasité par ce tiers qui vampirise les attentions, limite l'orateur qui omet de convaincre et séduire et l'auditeur qui se dispense de faire des efforts de compréhension et de mémoire. S'y ajoute la surcharge d'information et le diaporama devient un puissant anesthésiant. Et si l'on demandait aux gens, au lieu de nous bombarder de mails, de notes, de powerpoints et de rapports, de nous expliquer simplement ce qu'ils veulent. Je suis certain que le message passerait mieux !

Terminons par un peu de musique : dimanche soir à Buffalo (USA), Bruce Springsteen et son E Street Band donnent le dernier concert d'une doublée tournée qui a duré plus de deux ans, bâtie sur deux albums (Magic et Working On A Dream). Un périple entamé sous Bush et qui s'achève sous Obama, marquée par la mort d'un musicien du groupe (Danny Federici), une crise économique et une incroyable capacité d'improvisation et d'adaptation d'un artiste et d'un groupe qui n'ont jamais donné le même concert.

Avec des musiciens qui ont dépassé pour la plupart les soixante ans, le E Street Band a-t-il un avenir ? Nul ne le sait. Tant que les musiciens seront en forme, Springsteen pourra les réunir pour un concert ou une tournée, car ce groupe n'est pas qu'une incarnation du passé, il est une force de vie qui nous fait tenir depuis presque quarante ans.

Dimanche, ils joueront pour la première et dernière fois l'intégrale de leur premier album Greetings From Asbury Park, New Jersey (1973). Le chant du cygne ? Attendons les prochaines étapes. Et si des fois c'était la dernière, merci du voyage. J'en suis depuis presque trente ans. Il fut magnifique.

Bon dimanche.
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# Posté le samedi 21 novembre 2009 12:26

Modifié le samedi 21 novembre 2009 12:42

Gentil

La journée internationale de la gentillesse a eu lieu vendredi, à l'initiative de Psychologies magazine.

Je l'ai abordée pleine d'espoir et de résolution.

Non pas que je me fasse beaucoup d'illusions sur la capacité de ce type d'initiative à changer le cours des choses. La positive attitude, le coaching et le yacafaucon ne me convainquent guère car ils n'agissent que sur le comment, pas sur le pourquoi.

Mais bon, j'avais envie d'y croire, à cette journée de la gentillesse et d'y mettre un peu du mien.

Et voilà, ce fut exactement l'effet inverse : j'ai fini d'une humeur de chien.

Non que j'ai été confronté à des "méchants", le contraire des gentils, mais les tracas du quotidien, les mesquineries de la vie de bureau, le "moi je" dominant, les mails inutiles, le "tout tout de suite", le monologue au lieu du dialogue... rien n'avait changé.

Avec, à la clé, une furieuse envie d'envoyer promener tout le monde.

D'ailleurs, si, de temps en temps, je le faisais pour de bon, au lieu de tout intérioriser, ma journée de la gentillesse ne se transformerait pas en journée de la mauvaise humeur.

Car la "positive attitude" ne doit pas être confondue avec la capacité à dire et exprimer les choses, à s'affirmer, à dire non, à condition que cette affirmation de soi ne se fasse pas au détriment de l'autre, mais dans le respect de celui-ci.

Mais à l'issue de cette journée de la gentillesse, je me suis dit qu'il faut surtout instaurer une journée du "Nous" tant le "Moi je" est roi.

J'ai donc commencé le week-end dans l'expectative et le grognement.

Samedi, il fallait déménager ma soeur. La galère.

Un ami a passé la journée à nous aider. Il ne théorise pas la gentillesse, mais l'a démontrée tout au long de la journée, le coeur sur la main.

Aujourd'hui, nous avons été invités par des voisins de notre nouveau quartier. Simples, ouverts, riches de leur différence, ils furent la gentillesse incarnée.

Tout comme les parents qui avaient organisé l'anniversaire d'un copain de classe du fiston. Sympas, accessibles, gentils...

Tout comme mon ami qui m'a offert le café avant de prendre un footing, ce matin. Tout comme... Tout comme...

La journée de la gentillesse, c'est tout l'année, si l'on regarde bien autour de soi.

Et si, vendredi dernier, c'est moi qui n'avait pas envie d'être gentil ?

# Posté le dimanche 15 novembre 2009 12:56

Sobrement heureux ?

La sobriété heureuse, ce concept évoqué par le philosophe Patrick Vivenet, correspond parfaitement à mes aspirations, du moins théoriquement : dans un monde aux ressources non limitées, nous devons apprendre à vivre mieux avec moins. Le toujours plus est un leurre, une fuite sans fin.

L'idée n'est pas nouvelle, même si elle caractérise une tendance majeure de notre époque. Elle ne remonte pas uniquement aux pionniers de l'écologie et à René Dumont, mais rejoint les grandes théories philosophiques. Dès Socrate, Platon ou Sénèque, les penseurs ont toujours incité l'homme à vivre dans l'instant présent, à se contenter de peu, à saisir l'essentiel.

En ce triste 11 novembre, mon adhésion à la sobriété heureuse a été testée à plusieurs reprises et seule la mauvaise foi me permettrait de me déclarer victorieux.

Dès le matin, la chaudière nous lâche, en pleine douche pour moi. Au delà du bonheur imaginable qu'il y a terminer à l'eau froide une bonne douche chaude, il y a tout l'écosystème familial qui s'écroule. Rationnellement, la maisonnée peut survivre à une journée sans chauffage et c'est l'occasion de mettre en route la cheminée. Mais voilà, plus rien ne va. Et c'est vite la mauvaise humeur. Je peux m'extasier sur les récits de survie, comme dans "La route", l'admirable livre de Cormac McCarthy, je suis désespérément attaché à mon petit confort.

Autre accroc, la sortie familiale qui se termine en galerie marchande pour cause de pluie. Oh, j'ai été admirable, ne faisant que baver devant un écran plat et le nouvel Imac. Parce que madame était là, encore plus efficace que Platon et Patrick Vivenet pour m'aider à me contenter de peu. Elle m'a fait les gros yeux à la moindre dépense potentielle. Mon héroïsme fut plus celui d'un frustré malheureux que d'un sobre heureux. Mais l'apprentissage de la frustration est la voie de la sagesse !

Alors, nous sommes rentrés, je me suis plongé dans Internet, un puits sans fin. De connaissance, bien sûr, mais aussi d'errance sans but, de nourriture sans faim, de boisson sans soif. Internet, cet espace où se perdre, cette addiction qui nous promet de trouver, peut-être au détour d'une page, la réponse à nos vides, à nos attentes. Non, je n'ai pas trouvé, si ce n'est en écrivant ces lignes...

Mais où se trouve-t-elle alors, cette sobriété heureuse ?

Dans les bras de mon amour, dans les yeux de mes enfants, dans le livre qui me permet de trouver le sommeil.

Normalement, ils devraient me suffire.

# Posté le mercredi 11 novembre 2009 12:28

Modifié le vendredi 13 novembre 2009 16:19

Discours

Je viens d'acquérir un petit livre passionnant, "Les discours qui ont changé le monde", une anthologie éditée par Le Monde et compilée par Christophe Boutin.

De Jaurès à Obama, ces textes sont l'expression d'hommes (peu de femmes, malheureusement) qui, à des périodes cruciales de l'histoire ont eu l'intuition et le courage politiques d'aller à contre-courant.

Beaucoup l'ont payé de leur vie, de Jean Jaurès à Martin Luther King (au passage, il manque malheureusement le discours de Lincoln à Gettysburg, la matrice de tous les discours politiques modernes, le plus court, le plus vibrant).

Ce qui frappe à la lecture de ces textes - que l'on peut lire dans l'ordre comme un récit du siècle dernier, ou au gré de son envie et de son inspiration, afin de créer des récits parallèles (JFK/Luther King/Obama...) - c'est leur qualité littéraire, leur dimension lyrique, visionnaire et empathique, leur puissance et leur simplicité, pouvant être compris par le plus cultivé ou le moins érudit des citoyens.

Ils sont de surcroît très courts.

Et oui, l'appel du 18 juin 1940, Roosevelt annonçant l'entrée en guerre de l'Amérique après Pearl Harbour, les textes décisifs de Mitterrand ou Malraux sont plus courts que bien des litanies pour l'inauguration d'un parking, d'une salle des fêtes ou du lancement d'une foire commerciale...

Dans ces écrits, il y a la foi dans les hommes et dans les mots, le sens de l'histoire et surtout un immense courage politique.

L'ouvrage publie d'ailleurs deux textes essentiels pour notre démocratie, les déclarations de Simone Veil et Robert Badinter ayant respectivement permis la légalisation de l'avortement et la suppression de la peine de mort. Il n'est plus question ici de droite et de gauche, mais de vie et de mort.

Simone Veil comme Robert Badinter - ouvrant le chemin à François Mitterrand - sont allés à contre-courant. Comme Blum ou Churchill, ils n'avaient pas le nez dans les sondages.

Le hasard fait que je lis ces textes au moment où la folie sondagière de nos dirigeants est justement mise en exergue.

Au plus haut niveau de responsabilité, il est logique d'avoir plus qu'un oeil sur les humeurs de l'opinion.

Mais il est dangereux de faire de la Vox Populi le seul arbitre de la décision publique, amplifiée par des médias qui privilégient l'émotion et la bonne histoire à raconter à la mise en perspective.

Au même moment, on apprend que les Français sont plus que rétifs à aller se faire vacciner contre le virus H1N1. Les experts sont unanimes , l'OMS en tête : c'est préférable et nécessaire, sans risque.

Mais voilà, la rumeur s'est propagée sur Internet et il existe dans notre pays un tel discrédit de la parole publique que même lorsque les dirigeants ne nous racontent pas des bobards, on a l'impression que c'est de la com'. C'est l'histoire du gamin qui crie au loup. À force, personne n'y croit plus et le garçon se fait dévorer tout cru. Nous avons collectivement décrété que la grippe H1N1 était une manoeuvre de diversion politicienne. À nos risques et périls.

La lecture de ces textes profonds et visionnaires, parfois éphémères (l'appel du 18 juin 1940 n'a pas été enregistré car l'ingénieur du son de la BBC s'est planté, à la fureur du Général de Gaulle !) mais entrés dans l'histoire de l'humanité, tranchent avec le discours communicant permanent, collant à l'émotion immédiate, finalement dénué de tout impact, ne suscitant à aucune adhésion collective.

Communicant professionnel, je ne tombe pas dans le travers facile de "C'est la faute à la com''".

Non, les splendides discours que je suis en train de lire, sont justement de splendides exercices de communication politique.

Mais il faut avoir avec le courage politique. Celui de perdre son mandat, voire sa vie, pour être en adéquation avec ses idées, son éthique, sa morale. Sinon, ce n'est que de la politique clientèliste. Qui a besoin de la com' pour redorer son blason.

Sans aucun rapport - quoi que - j'ai disserté ce matin (en effectuant un footing avec un ami) sur la différence entre politesse et gentillesse, à propos de la journée de la gentillesse organisée vendredi 13 par le magazine Psychologies magazine.

J'opposais sans convaincre la discutable notion de politesse (indispensable, bien sûr, mais aussi une attitude feinte) à la gentillesse, qui - plus que la posture niaise induisant les quolibets - consiste en une capacité d'empathie, de bienveillance, de communication, d'acceptation de l'autre, de refus de la logique de rivalité.

Dans la famille ou au travail, être gentil, c'est signifier à l'autre qu'il a sa place, qu'il compte, qu'il n'est pas un rival.

À l'heure où l'esprit de compétition et le libéralisme font leurs ravages et la souffrance au travail devient un débat national, la gentillesse, la vraie, est préférable à une politesse de façade et de circonstance.
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# Posté le dimanche 08 novembre 2009 09:52

Modifié le lundi 09 novembre 2009 07:33

Ressources humaines

Ce n'est pas une surprise, mais un choc. Il y avait le suicide des salariés, la séquestration des patrons.

Maintenant, il y a leur assassinat.

Hier, un chauffeur de poids lourds a tué son patron et le fils de celui-ci car il voulait rompre son contrat le plus rapidement possible, aller travailler ailleurs, dans de meilleures conditions.

Le patron a refusé de le laisser partir à ses conditions. Et le salarié a préféré tuer que de rester travailler dans son entreprise et de ne pas accéder à ce petit coin espéré de paradis professionnel.

Bien entendu, dans tout acte de désespoir ou de délinquance, il y a des raisons personnelles.

Normalement, une personne placée dans les mêmes conditions de pression n'agit pas comme ça.

Mais ça arrive, et ça nous questionne.

Pourquoi le travail, cet élément constitutif de l'identité humaine, est-il devenu à ce point synonyme de souffrance ?

Il y a une centaine d'années, le travail était le gagne pain et l'aliénation de l'homme.

Aujourd'hui, les avancées sociales, les loisirs, la société de consommation devraient permettre de replacer l'activité professionnelle à sa juste place. Juste 35h par semaine, même pas un tiers de notre vie.

Pourtant, le travail est de plus en plus synonyme de violence sociale, de pression.

Il y a bien sûr la crise économique et la peur de perdre le travail.

Des sociologues et psychologues l'ont dit : la peur de perdre le travail est aujourd'hui plus forte que le risque réel de le perdre. Mais aujourd'hui, cette peur nous tient le ventre, car nous ne savons pas comment nous saurions survivre dans cette société de l'abondance, de la stimulation permanente.

Travailler, c'est exister.

Nous sommes tous des Jean-Claude Romand en puissance, nos propres adversaires, préférant la souffrance et la mort au déclassement et à la vérité.

Derrière tout cela, il y a, je le crois, l'incapacité de notre société à prendre la mesure de la souffrance psychique, une approche de plus en plus mathématique et comptable des organisations humaines.

Cette semaine, j'assurais une formation auprès de professionnels de ma profession.

J'ai été frappé par leur diagnostic d'une rare sévérité envers la gestion des ressources humaines de leurs propres structures, pourtant bien éloignées des pratiques violentes et libérales de France Télécom.

À vouloir faire des économies, les entreprises gâchent leur plus grande richesse : les ressources humaines.

Qui sont humaines avant d'être des ressources. Des gens quoi...
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# Posté le samedi 31 octobre 2009 12:58

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 12:13