L'autre jour, lors d'un déjeuner amical, deux amis journalistes me faisaient part de leur inquiétude quand à l'évolution de ce métier/passion, jusqu'à envisager, pour la première fois de leur carrière et de leur vie, de faire autre chose.
En effet, la conjoncture est morose pour la presse.
Aux U.S.A., de nombreux grands titres ont mis la clé sous la porte et même des maisons prestigieuses comme le New-York Times ou le Los Angeles TImes ont dû revoir leur modèle économique, notamment la gratuité des papiers sur le web, sans doute la grande erreur originelle. Les journaux gratuits ont propagé la "fast info", Internet et Google rendu possible la diffusion à l'infini d'une information non vérifiée et même de simples communiqués de presse, les nouvelles technologies rendent plus flou la frontière entre journalisme professionnel et expression amateur, la différence entre communication et information devient de plus en plus floue.
Pressés de toute part, les médias eux-même entretiennent la confusion, entre spectacle et info, entre vie publique et vie privée...
Est-ce donc pour autant la fin du journalisme ?
Aujourd'hui, il est possible, à partir de son ordinateur ou de son téléphone, de "contribuer", d'envoyer des informations. Chacun peut créer son blog, sa page Facebook, agréger, recopier, redistribuer.
Le journaliste n'aurait donc plus de place ?
Bien au contraire. Le monde a changé. Les émetteurs de communication et de propagande ont multiplié leur puissance d'émission. Les interactions et les rythmes ont changé, mais le besoin de hiérarchisation, de sens, de pédagogie et d'interface demeurent, afin que nous ne prenions pas de plein fouet les messages que nous recevons désormais par tous les canaux. Le journaliste de demain est un aggrégateur, un animateur de réseau, un décodeur et un passeur. Ce qu'il faisait autrefois à partir des sources parlées ou écrites, il le fait déjà et le fera encore plus demain à partir des sources numériques, en intégrant l'interaction et la multiplicité des acteurs.
Reste à savoir si ce rôle est compatible avec un modèle économique, au moment où les nouvelles technologies permettent, à la manière de Google, d'agréger des contenus sans intervention humaine. Imaginons, avec effroi, un monde où l'information ne soit plus qu'une compilation technologique de communiqués de presse sans interface critique et sans mise en perspective. Cette crainte d'un Big brother numérique n'a rien de chimérique. La survie de la presse et la réinvention de nouveaux modèles économiques est donc un enjeu démocratique et citoyen majeur. Les nouveaux outils (Ipod, Ipad...) semblent dessiner de nouvelles façons de lire la presse. Les médias qui décodent, commentent et critiquent l'action politique se font une place au soleil tant est grand le besoin de comprendre et d'aller au delà du discours officiel.
Les outils et l'attente citoyenne sont là, et même si le métier de journaliste connaît aujourd'hui un passage à vide, il a autant d'avenir que les régimes démocratiques dont il est l'un des composants indispensables.