Ressources humaines

Ce n'est pas une surprise, mais un choc. Il y avait le suicide des salariés, la séquestration des patrons.

Maintenant, il y a leur assassinat.

Hier, un chauffeur de poids lourds a tué son patron et le fils de celui-ci car il voulait rompre son contrat le plus rapidement possible, aller travailler ailleurs, dans de meilleures conditions.

Le patron a refusé de le laisser partir à ses conditions. Et le salarié a préféré tuer que de rester travailler dans son entreprise et de ne pas accéder à ce petit coin espéré de paradis professionnel.

Bien entendu, dans tout acte de désespoir ou de délinquance, il y a des raisons personnelles.

Normalement, une personne placée dans les mêmes conditions de pression n'agit pas comme ça.

Mais ça arrive, et ça nous questionne.

Pourquoi le travail, cet élément constitutif de l'identité humaine, est-il devenu à ce point synonyme de souffrance ?

Il y a une centaine d'années, le travail était le gagne pain et l'aliénation de l'homme.

Aujourd'hui, les avancées sociales, les loisirs, la société de consommation devraient permettre de replacer l'activité professionnelle à sa juste place. Juste 35h par semaine, même pas un tiers de notre vie.

Pourtant, le travail est de plus en plus synonyme de violence sociale, de pression.

Il y a bien sûr la crise économique et la peur de perdre le travail.

Des sociologues et psychologues l'ont dit : la peur de perdre le travail est aujourd'hui plus forte que le risque réel de le perdre. Mais aujourd'hui, cette peur nous tient le ventre, car nous ne savons pas comment nous saurions survivre dans cette société de l'abondance, de la stimulation permanente.

Travailler, c'est exister.

Nous sommes tous des Jean-Claude Romand en puissance, nos propres adversaires, préférant la souffrance et la mort au déclassement et à la vérité.

Derrière tout cela, il y a, je le crois, l'incapacité de notre société à prendre la mesure de la souffrance psychique, une approche de plus en plus mathématique et comptable des organisations humaines.

Cette semaine, j'assurais une formation auprès de professionnels de ma profession.

J'ai été frappé par leur diagnostic d'une rare sévérité envers la gestion des ressources humaines de leurs propres structures, pourtant bien éloignées des pratiques violentes et libérales de France Télécom.

À vouloir faire des économies, les entreprises gâchent leur plus grande richesse : les ressources humaines.

Qui sont humaines avant d'être des ressources. Des gens quoi...
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# Posté le samedi 31 octobre 2009 12:58

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 12:13

Une semaine comme les autres

Une semaine comme les autres
Bonsoir à tous,

Difficile de trouver un sujet qui résume la semaine, mais juste quelques images diffuses qui attestent de mon sentiment de lassitude. C'est normal, je suis toujours comme ça avec le changement d'heure.

Bien sûr, il y a l'affaire Jean Sarkozy. Je n'ai pas vu l'intervention télévisée, mais il suffisait de regarder les images - même fixes - de la transformation physique du fiston, pour voir que ça sentait le plan com'.

D'ailleurs, ça va finir par poser problème, cette histoire de "com'".

Aujourd'hui, plus personne ne croît en la parole publique, l'expression de l'homme politique est forcément hypocrite, les émissions télévisées n'analysent plus le fond mais la forme, le décodage de la société politico-médiatique est devenu un Must.

En même temps, les politiques s'enfoncent en bétonnant leur com', en poussant la langue de bois au rang des beaux-arts, à tel point que le fossé entre élites politiques et citoyens devient problématique. Et même le franc-parler à la Sarkozy est sujet à caution, car tellement artificiel et populiste que les ficelles en deviennent énormes.

Comment se fait-il qu'un Obama, certes conseillé par une kyrielle de communicants, ait toutefois réussi à imposer un programme allant au-delà du populisme, des idées sophistiquées, un humanisme réel et une vision profonde et exigeante de la politique inscrite dans l'histoire ? Chez nous, le néant guette. A moins que je ne fasse une déprime automnale.

Au delà de Petit Jean, l'autre grand truc de la semaine fut la remise en cause des médias, serpent de mer constamment agité par les politiques et souvent repris en coeur par les médias. La bonne nouvelle, c'est que cette fois-ci, la sauce n'a pas prise et personne (ou presque) n'a considéré que l'affaire Sarkofils était une odieuse atteinte à la vie privée. Non, la presse a joué son rôle de contre-pouvoir, faisant chanceler une manifeste dérive monarchique et tous ses plans com'.

San aucun rapport, le triomphe cinématographique du Petit Nicolas (ironie du titre, non), la sortie de Lucky Luke au cinéma et les 50 ans d'Astérix mettent au coeur de l'actualité un grand absent, génie absolu de la langue française, René Goscinny, décédé en 1977 et dont l'absence déchire encore le coeur de tous les grands enfants de France. Il nous manque, René, car il saurait comme personne croquer la France d'aujourd'hui, ses travers.

Malheureusement, ses successeurs (au ciné, Uderzo en continuant Astérix seul...) n'ont rien compris de son univers tendre, poétique et gentiment satirique.

Goscinny n'était pas un nostalgique d'une France d'autrefois, mais le chroniqueur d'un état d'innocence (l'enfance, la Gaule, le Far West) où la liberté est encore possible et où les vilains sont plus bêtes que méchants.

Goscinny, c'est effectivement la France d'avant la crise, d'avant Internet, mais c'est aussi une France rebelle et joyeusement bordélique, un peu anar, poétique et généreuse. Pas la France des comptables, des managers et des sinistres, mais la France des Lumières.

Il faisait mauvais ce samedi. Alors, je suis allé acheter des livres en famille. Parce que les livres, ça fait du bien, ça réchauffe l'âme. "Ce que le jour doit à la nuit" de Yasmina Khadra, que je veux lire depuis longtemps, car je sais qu'il traite de mes racines d'Outre-Méditerranée, "La cité des Jarres" d'Arnaldur Indridason, un polar finlandais de l'auteur dont j'avais adoré l'incroyable "L'homme du lac". J'ai aussi pris le dernier Astérix, pour lire au petit ce soir, comme pour retrouver le plaisir d'autrefois.

Et en parlant de plaisir, je n'ai pu résister à celui d'acheter Happy Sex, la bédé de Zep dont j'avais adoré les planches publiées cet été dans Libé. Cru mais hilarant, la sexualité des adultes qui agissent parfois comme des enfants. Chez Zep, le sex est happy, mais aussi quotidien. C'est monsieur et madame tout le monde qui joue à panpan zizi. Idéal pour un week-end pluvieux.

Bon week-end à tous et... Happy Sex !

Tiens, ça me donne une idée pour l'heure supplémentaire que nous allons gagner cette nuit.

# Posté le samedi 24 octobre 2009 13:02

VTT, web et Sénèque...

Je n'ai pu sacrifier à mon actualisation dominicale de ce blog pour une bonne raison : à 46 ans, ma première rando VTT, en compagnie d'un ami de 30 ans... âgé de 48 ans.

Direction, le lac de Guerlédan, en Bretagne, un site assez fantastique.

Un peu présomptueux, nous avons choisi le circuit rouge, c'est-à-dire le niveau presque pro.

Heureusement, j'avais fait vérifier mon vélo. Je suis allé au magasin pour changer un pneu, et finalement, une analyse rapide a rendue nécessaire le remplacement : des freins, de la chaîne, des pignons... Enfin, bref, à part le cadre, tout était pourri sur mon vieux bicloone.

Mon fidèle destrier flambant neuf, j'ai pu affronter les obstacles de ce parcours de 40 km avec aplomb.

Bon, bon, j'avoue que j'ai terminé les côtes les plus abruptes le vélo à la main, les mollets n'étant pas suffisamment préparés par mes footings réguliers.

Mais finalement, là n'était pas l'essentiel, ce bol d'air, de vélo, de famille et d'amitié, fut bénéfique, pour prendre du recul, avec le travail, l'actualité, les soucis de la vie...

Alors, nous sommes rentrés à la maison, fatigués mais heureux.

Jusqu'à ce que je fasse la boulette irrémédiable : interroger mon webmail professionnel le dimanche soir, dès fois que des choses importantes se soient déroulées en mon absence. Oh, je n'ai bien sûr rien appris d'essentiel, mais la futilité des préoccupations du travail m'ont à ce point agacé que j'en ai mal dormi.

Donc, un conseil : ne gâchez pas un formidable week-end par une malencontreuse addiction à Internet.

Le soir, je me suis couché sans prendre le livre qui m'accompagne en ce moment : "Lettres à Lucilius", du philosophe romain Sénèque, des propos d'une profondeur et d'une modernité étonnante, une réflexion sur le sens de la vie et l'abandon des choses futiles au profit de l'essentiel.

Mais ce soir-là, je ne méritais pas Sénèque.

Ma balade à vélo m'avait fait touché de près l'essentiel et l'épure. Mon addiction au web et au boulot a tout gâché.

Mon ami et compagnon de rando ne lit pas Sénèque.

Mais lui, il ne s'est sans doute pas rué sur le web, a bien dormi après un week-end d'amitié et de valeurs simples.

Il y a des jours où l'on a envie de se donner des claques...
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# Posté le mardi 20 octobre 2009 03:13

Modifié le mardi 20 octobre 2009 11:06

Autodafé

Je ne sais si c'est parce qu'il s'appelle Mitterrand, que je lui dois quelques bons souvenirs télévisuels, qu'il est atypique, que sa sensibilité et son parcours diffèrent du profil d'énarques des autres ministres, mais j'ai une affection particulière pour Frédéric Mitterrand.

On se dit qu'avec lui, la politique est aussi une question de sincérité, et pas uniquement un truc de com', un jeu d'échecs permanent.

Certes, sa nomination est avant tout un coup de Sarkozy.

Mais la culture est si importante dans notre société de l'immédiat, de l'addiction technologique et de l'absence de réflexion qu'il faut peut-être en profiter. L'homme a tout pour devenir le meilleur ministre de la culture depuis Jack Lang, même s'il appartient à un gouvernement de droite.

En apparence, le scandale de ses écrits antérieurs s'inscrit dans la même veine que les propos de Brice Hortefeux, captés par une vidéo. Sur ces deux affaires, les positions semblent bien tranchées.

D'un côté, les tenants d'une transparence totale, qui fait qu'un ministre en exercice doit répondre de tous ses propos, même en Off.

De l'autre, ceux qui regrettent des atteintes à la vie privée, un harcèlement médiatique des hommes publics.

Difficile pourtant de comparer les deux cas de figure, radicalement opposés.

Dans le cas de Brice Hortefeux, les propos sont actuels, dans le cadre de l'exercice politique. Ils révèlent que derrière la com' et la posture, le ministre révèle un vrai visage qui peut éclairer ses décisions. Mettre cette vidéo sur la place publique n'est pas qu'une transgression un peu Trash, c'est une pierre apportée au débat public. À l'heure où les hommes politiques ne s'expriment plus qu'à travers une com' verrouillée, la captation de leur vérité est indispensable.

Le cas de Frédéric Mitterrand est bien différent.

Le FN puis le PS (on croit rêver !) lui reprochent des écrits littéraires anciens, sortis de leur contexte, qui étaient à la fois un aveu et une repentance. S'en prendre à lui sur ce terrain me paraît très grave : en pensant s'attaquer à un ministre de Sarkozy, les inquisiteurs réhabilitent l'autodafé et sacrifient la liberté littéraire à l'autel de l'émotion médiatique.

L'écriture littéraire est un acte de liberté et de sincérité, un des socles de la démocratie. Depuis l'aube de la littérature, les écrivains ont éclairé l'humanité en évoquant leurs turpitudes. Leurs élans et leurs révélations sont des thérapies pour leurs auteurs et pour leurs lecteurs.

En s'attaquant à Frédéric Mitterrand, Marine Le Pen comme Benoît Hamon s'en prennent à autre chose qu'à un homme politique. Ils s'attaquent à la liberté et à l'authenticité littéraires.

Sans le dire, ils appellent à une expression verrouillée, à une censure qui ressemble à de la propagande.

Leur prise de position va au delà du politiquement correct. Il est l'amorce d'une nouvelle société de l'inquisition et participent sans le vouloir, et bien plus que Frédéric Mitterrand, à la société Sarkozienne.

Dans les sociétés de l'inquisition, les dérapages verbaux des ministres sécuritaires sont cachés et les écrivains sont envoyés au bûcher.

Non, décidément, le cas Hortefeux n'a rien à voir avec l'affaire Mitterrand.
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# Posté le dimanche 11 octobre 2009 05:15

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 12:33

Soixante

Soixante
C'est le dossier du mois de Psychologies magazine !

Comment bien vieillir, franchir avec sérénité le cap difficile des 40, 50, 60 ans, affronter la grande faucheuse, de plus en plus proche ?....

Je n'ai pas encore lu l'article, mais j'ai quelques idées sur la question. Occuper sa place... dans sa lignée, dans le monde, dans la vie. Ne pas vouloir celle des autres, s'accepter tel que l'on est, ne pas forcément vouloir plus, savourer les bonheurs de la vie, avoir vécu suffisamment de coups durs pour apprécier les petits riens, vivre chaque instant comme s'il était le dernier, savoir regarder dans le regard de ses enfants cette étincelle d'éternité qui nous fera défaut.

S'il y en un qui sait bien vieillir, affronter l'âge avec grâce et lucidité, c'est bien Bruce Springsteen. L'artiste vient de fêter ses 60 ans. En tournée depuis presque deux ans avec son E Street Band quadragénaire (l'âge du groupe, pas celui de ses musiciens), il montre que l'on peut vieillir sans nostalgie, mais tourné vers l'avenir, pour peu que l'on s'ouvre vers les autres. Son art et sa musique ont appliqué à la lettre le fameux monologue de Tom Joad des Raisins de la colère de John Steinbeck, qu'il a réécrit en 1995 dans The Ghost Of Tom Joad :

Et Tom dit “ M'man, où qu'il y ait un flic cognant un type,
Où qu'il se trouve un nouveau né affamé en pleurs”
Où qu'il y ait un combat racial et de la haine dans l'air
Cherche moi M'man, je serai là
Où qu'il y ait quelqu'un qui se bat pour une position à tenir,
Ou un boulot décent, ou bien une main tendue
Où qu'il y ait quelqu'un luttant pour être libre
Regarde bien dans leurs yeux M'man, j'y serai”

Voilà le secret de l'éternelle jeunesse, de la paix intérieure, cette capacité à vivre à travers les autres, pour les autres, afin d'être vraiment soi-même.

C'est ce que raconte magnifiquement Emmanuel Carrère dans "D'autres vies que la mienne", décidément mon livre de l'année : la sérénité retrouvée au contact de la souffrance, si celle-ci s'accompagne de l'oubli de soi.

Pour revenir à Springsteen, celui-ci est aussi un passeur de musique, un ménestrel des temps modernes, comme l'illustre l'article que j'ai écrit cet été, qui paraîtra sans doute quelque part, mais que je vous livre ici.

Juke Boss

Avec ses invités et ses reprises improvisées, Bruce Springsteen montre prouve chaque soir qu'il est le passé, le présent et l'avenir du rock.

Le 27 juin, sur la grande scène pyramide du festival de Glastonbury, Bruce Springsteen débutait son set par une reprise acoustique d'un morceau méconnu de Joe Strummer, Coma Girl. La chanson - qui a pour sujet le fameux festival - était un hommage ému au leader des Clash en même temps qu'un pied de nez très rock'n'roll à l'actualité. Alors que les artistes en tournée des stades (de U2 à Madonna) se sentaient tenus de participer à la communion médiatique planétaire en pleurant hypocritement Michaël Jackson, décédé deux jours plus tôt, le Boss préférait une nouvelle fois rappeler la mémoire de ceux qui ont vraiment compté pour lui, amis ou inspirateurs. Le lendemain, à Hyde Park, il enfonçait le clou avec une version mémorable de London Calling.
Springsteen a une connaissance quasi encyclopédique de la musique, et pas seulement du rock. Ce qui lui permet d'enrichir son répertoire de morceaux connus ou inconnus et de s'inscrire, modeste troubadour, dans une filiation qui lui fait plutôt rendre un hommage discographique à ce passeur de la musique américaine qu'est Pete Seeger (We Shall Overcome – The Seeger Sessions – 2006) qu'à des références plus évidentes et connues, Woody Guthrie ou Bob Dylan. En 2003, il évoquait sur scène la mémoire de ses chers disparus, qu'ils soient légendaires (Johnny Cash avec une reprise d'I Walk The Line) ou méconnus (Warren Zevon et My Ride's Here). Superstar, Springsteen ne fait pourtant pas de ses concerts l'extension d'un cocktail mondain, mais ses invités, en chair et en os, ou en notes, en mots et en décibels, dessinent bien sa vision exigeante de l'histoire du Rock, ses autoroutes et ses voies de garage.

Durant les deux dernières tournées (2007, 2008, 2009), Arcade Fire, les Killers et Gaslight Anthem ont chanté avec lui, affichant clairement leur influence springsteenienne. Tom Morello (Rage Against The Machine) est désormais un habitué des planches du Boss, qu'il rejoint pour des versions incandescentes de The Ghost Of Tom Joad, autrefois repris par RATM (la version originale a influencé la carrière solo acoustique de Morello, devenu The Night Watchmen). Les « futurs du rock'n'roll » ne sont pas les seuls à fouler la terre springsteenienne. Il y a aussi les obscurs, les oubliés du Rock, ces « héros locaux » dont la carrière ressemble à celle qu'il aurait pu mener s'il n'y avait eu l'explosion Born To Run : Joe Grushecky (Pittsburgh), Mike Ness, de Social Distorsion (Californie) ou, bien entendu, Elliott Murphy, le New-yorkais émigré à Paris, l'ami américain.
Depuis toujours, Springsteen enrichit le répertoire de ses concerts de reprises, se les appropriant de manière tellement personnelle que beaucoup les croient écrits par lui : du It's My Life des Animals au Jersey Girl de Tom Waits en passant par le Trapped de Jimmy Cliff. Le Boss, pourtant l'un des meilleurs écrivains du Rock, a aussi su raconter son histoire avec les mots des autres. D'ailleurs, durant les années Bush, son album le plus engagé est finalement We Shall Overcome. En convoquant l'histoire de la musique populaire américaine, ce disque condamnait clairement (mais de manière bien plus subtile qu'un Neil Young avec son Living With War, sorti au même moment) la politique de Bush et, surtout, la trahison des idéaux des pères fondateurs américains par l'administration républicaine.

L'an dernier, Springsteen a transformé le cours de ses concerts en officialisant une pratique jusqu'alors aléatoire, le « request », autrement dit jouer un morceau à l'arraché, en fonction de la demande des spectateurs. En quelques semaines, les premiers rangs des salles ou des stades se sont transformés en forêt de pancartes, avec des fans demandant les titres du répertoire les plus invraisemblables. 2009 a vu ce rituel évoluer, Bruce préférant choisir des classiques du Rock, obscurs ou légendaires, et rarement joués plus d'une fois : I Wanna Be Sedate, Good Rockin' Tonight, Proud Mary, I'm Bad, I'm Nationwide, Mountain Of Love, Hang On Sloopy, Expressway To Your Heart, Louie Louie, My Generation, Good Lovin', Mony Mony, Like A Rolling Stone, Travelin' Band, Summertime Blues,... Fin juillet et début août, les concerts espagnols de la fin de tournée européenne, de Bilbao à Santiago, furent ainsi un vrai feu d'artifice. À Bilbao, You never can tell de Chuck Berry, dont la dernière performance par le E Street Band remonte à... 1974, interprété à la perfection. À Séville, le Quarter To Three de Gary US Bonds, classique de ses tournées jusqu'en 1981 est joué comme autrefois (avec le I'm a Prisonner Of Rock'N'Roll final). À Vallalodid, le public le défie avec une pancarte gigantesque et hilarante : « You Ain't Got... Greats Balls Of Fire ». D'où une reprise mémorable du classique de Jerry Lee Lewis. Le lendemain, Santiago aura le droit au Burning Love de Presley, dû à un monumental panneau orné de flammes, immédiatement suivi par le Born To Be Wild de Steppenwolf ! Non inscrites sur la set-list manuscrite, ces covers improvisées sont parfois répétées sur scène, devant un public médusé de voir le Boss chercher le bon riff et la bonne clé en rigolant avec son E Street Band. Bruce s'amuse à tester ses musiciens et amis, qui répondent au pied levé, forts d'une expérience de presque quatre décennies et d'un instinct intact. À d'autres instants des concerts, il modifie l'ordre prévu et appelle un morceau plutôt qu'un autre, en hurlant le titre au groupe.

En intégrant des classiques, Springsteen enrichit le dialogue avec son public, montre qu'un concert rock, même en stade, n'est pas forcément une machinerie bien huilée, sans surprises et sans âme. Il met son groupe en danger et conforte son statut de passeur musical. Récent ou millésimé, le rock est une matière vivante qui se transmet et se partage. Le Boss en est toujours son plus fervent « héraut ».

Bruce Springsteen et le E Street Band sont en tournée américaine jusqu'à la fin novembre.

Pour terminer, je vous signale un concours qui est le reflet d'un phénomène aussi inutile qu'amusant (et amusant car inutile !) : Sleeveface, autrement dit tête de pochette !

Le but est de se faire prendre en photo avec un pochette de vinyle sur le face (ou ailleurs !) et essayer de faire correspondre le visuel avec le reste du corps. Ca marche avec un cd en jouant sur la profondeur de champ. Vu les centaines de milliers de pochettes de l'histoire du disque, il y a de quoi faire et de quoi bien rigoler.

Comme le montre l'illustration de ce post, je me suis amusé à la chose, et vous pouvez en faire de même en envoyant vos photos à concoursmediatheque@sainte-luce-loire.com.

Et si les fans de Springsteen se mobilisent, on pourrait même avoir un belle expo consacré à Bruce !

Bon dimanche et prenez bien soin de vous.

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# Posté le samedi 03 octobre 2009 12:22