La légende du siècle

La légende du siècle
Presque 3 heures de bonheur cinématographique. Avatar est un film total. Voici mes impressions. Ne ratez pas cette splendeur !

Bien plus qu'un film de science-fiction ou qu'une attraction 3D, Avatar est un film de notre époque, une étonnante métaphore humaniste et écologique déguisée en grosse production de fin d'année. Ce qui fascine et émeut dans le film, c'est la capacité de l'Amérique à recycler ses mythologies, son histoire et ses angoisses pour proposer un spectacle d'aujourd'hui, collant au monde de l'après-Copenhague.

Voir Avatar, c'est retrouver, pèle-mèle, des images du Vietnam et du 11 septembre, l'atmosphère des grands westerns pro-indien, la légende de Pocahontas (entre le film de Disney et Le nouveau monde de Terence Malick), Le dernier des Mohicans, Mission, Danse avec les loups, et toute la filmo de James Cameron, de Terminator à Titanic.

D'ailleurs, peu de critiques ont souligné l'étonnante continuité entre les deux derniers films du cinéaste, histoires d'amour impossibles dans un monde qui s'éteint, violentes critiques de l'arrogance technologique occidentale, récits initiatiques de l'apprentissage de l'indépendance et de la liberté.

Ce qui touche dans Avatar, c'est la lente prise de conscience du personnage principal, progressivement enivré, chaviré, bouleversé et tout entier modifié par la découverte d'une autre civilisation. Nous partageons son immersion progressive dans ce nouveau monde, son trouble et son émotion.

Le film est sensoriel, tactile, physique et fait ressentir ce que le scénario démontre.

En ce sens, l'utilisation de la 3D relève presque du génie et non du simple marketing. Certes, Avatar est une grosse machine destinée à sortir le public (ado, en particulier) et le ramener en salle. Mais avant, il propose un voyage inédit, inspiré de l'interactivité du jeu vidéo, mais qui ne joue pas que sur l'adrénaline.

Le périple du héros est autant psychique que physique et Avatar se révèle une bouleversante ode à la différence, au respect de l'équilibre naturel, une incroyable charge contre l'Amérique et ses penchants impérialistes et totalitaires.

Enfin, au delà du discours, il y a l'inimitable talent de Cameron pour créer de l'émotion collective, pour nous raconter une histoire proche de l'archétype, vue mille fois, mais jamais racontée comme cela, synchrone avec l'état du monde.

Le film n'est pas que spectaculaire, il est addictif. En quittant la salle, le spectateur (moi, du moins...) n'a qu'une envie : repartir pour la planète Pandora, revivre ses instants primitifs et privilégiés.

Avec Avatar, le cinéma démontre sa force et son statut de spectacle total et complet, le plus puissant des médias existants et la capacité du cinéma américain à recycler, innover et dire le monde d'aujourd'hui en puisant dans celui d'hier tout en inventant celui de demain.

Le premier vrai film du XXIe siècle ?

C'est Avatar !

Joyeux Noël.
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# Posted on Thursday, 24 December 2009 at 12:18 PM

Lâcher prise

Bonjour à tous,

J'en conviens, mes derniers posts ont été un peu plombés par une solennité sans doute liée à un contexte à la fois global et personnel ne prêtant pas forcément à la franche rigolade, étant moi-même questionné par ce que j'appelle les dérives de la société communicante : dans le grand brouhaha politico-médiatique ambiant, chacun a peur de disparaître et - sous la double influence du moi-je sarkozien et de la révolution numérique - se jette à corps perdu dans la communication égotique, à tel point que les messages se chevauchent, s'annulent et donnent une furieuse envie de couper le son et l'image. Une écologie de la communication est indispensable.

À propos d'écologie, les échos qui nous sont parvenus de Copenhague ne sont pas très rassurants, comme une Tour de Babel high tech où chacun parlerait son propre langage. Même si l'existence même de ce type de sommet est une avancée formidable pour l'humanité. Espérons toutefois que nous regarderons un jour cette période comme les balbutiements d'un avenir possible et non comme le spectacle pathétique de nations incapables de voir la catastrophe qui plane sur leur (nos) têtes, façon l'Europe des années 30.

Bon, rideau sur les problèmes du monde, c'est la trêve des confiseurs, et la mienne aussi, avec l'envie, oui l'envie, d'exprimer des désirs : boire, manger, aimer, rigoler, être ensemble, passer du bon temps, tous ces trucs qu'on oublie parfois et qui permettent aussi d'être heureux au travail et dans la vie. Je lisais ce matin un article sur la souffrance au travail qui expliquait qu'en d'autres temps - pourtant beaucoup plus durs pour l'homme - les fêtes collectives, les rites permettaient justement de limiter le mal-être au travail. Aujourd'hui, l'isolement numérique et social ajouté aux nouvelles organisations du travail trouve un écho douloureux dans des loisirs de plus en plus individuels : après une journée sur l'ordinateur, on passe une soirée ou un week-end... devant l'ordinateur. Et le lien se délite... Nous n'avons pas fini d'évaluer les conséquences de la révolution numérique sous nos modes de vie.

Heureusement, les nouvelles technologies peuvent aussi faciliter le collectif. Ce soir, je vais au cinéma voir Avatar de James Cameron en 3D. J'ai déjà acheté mes binocles, je ne les quitte plus (bon, je vois flou, mais je suis à fond dans l'ambiance) et je piaffe d'impatience à l'idée d'aller voir ce grand spectacle. C'est comme découvrir le Cinémascope dans les années 50 ou le parlant à la fin des années 20, une mutation technique qui vise à ramener le public en salle pour cette expérience merveilleuse et unique qu'est le cinématographe. Même si une paire de lunette ne fait pas un bon film et que le cinéma, c'est avant tout la capacité à raconter de belles histoires. Mais celle d'Avatar et sa métaphore écologique me tente et nous devons à Cameron une des dernières grandes émotions collectives de cinéma, avec son splendide Titanic.

Sinon, il est temps de faire ma petite lettre au Père Noël.

J'ai envie de quoi ?

Oh, il y a bien quelques livres et dvd qui me font envie, ainsi que cet écran plat qui capitalise tous mes désirs de consommation compulsive et qui va donc attendre parce que c'est sa fonction principale. Mais au fond, j'ai surtout envie d'être avec les miens, dans les bras de mon coeur, à embrasser mes enfants, à manger (un bon couscous), à boire à un coup, à prendre du temps.

Oui, c'est ça, ma demande au Père Noël : du temps pour moi, à rien faire, apprendre à prendre le temps, à ne pas l'occuper, à ne pas le remplir, un peu de lâcher-prise, de laisser aller, pour accepter la vie et le monde comme ils viennent.

Joyeux Noël à tous !
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# Posted on Sunday, 20 December 2009 at 4:32 AM

Edited on Sunday, 20 December 2009 at 8:40 AM

Une société efficace...

Le projet de suppression de l'histoire/géographie en Terminale S a engendré un juste tollé.

Mais au fond, cette mesure n'est-elle pas la conséquence logique d'une certaine conception des études et de notre monde, dont nous mesurons chaque jour les effets néfastes dans les relations humaines, celles du travail en particulier ?

Dans notre société héritée des Lumières, la vision d'une organisation collective basée sur les sciences humaines (disons en gros la sociologie, la philosophie, la psychologie) a progressivement fait place à un système de nature bureaucratique et technologique, équivalent high-tech de la révolution industrielle : pour répondre à des objectifs de productivité et pour compenser une peur de l'inconnu quasi-métaphysique, l'homme moderne occidental s'est inventé un mode de vie visant à gommer l'aléatoire, le temps libre (et la pensée libre). Nos cerveaux ressemblent à nos emplois du temps : pleins à ras-à-bord, à l'image de nos ordinateurs, nos Ipods et nos enregistreurs numériques. Pétris dans nos angoisses, nous refusons l'aléatoire, obsédés par le risque zéro. Nous ne sommes plus libres.

Dépendants de la technologie, nous avons construits une société reposant sur une approche systémique, considérant d'ailleurs que les solutions aux questions humaines peuvent être résolues par des formules, des schémas, des "modes opératoires".

Dans cette vision du monde, quelle place pour une lecture histoire, politique, philosophique et humaniste du devenir du monde ?

Aucune, car elle s'avèrera un grain de sable dans le rouage de ces mécaniques que Charlot a décrit de manière poétique dans "Le temps modernes" (1936). Remplacez la révolution technologique par la révolution industrielle et le film s'avère encore un commentaire de notre temps d'une rare justesse.

Dans un excellent petit ouvrage, "Conférence sur l'efficacité" (PUF), le philosophe François Jullien, publie le texte d'une intervention faite devant des chefs d'entreprise et oppose de manière très pertinente la conception européenne de l'efficacité, liée à la modélisation, à la pensée chinoise de l'efficience, "indirecte et discrète, s'appuyant sur le potentiel de situation".

Selon lui, l'efficacité revendique "l'action et l'héroïsme", l'efficience induit des "transformations silencieuses", sans éclat ni même événement.

Pour faire simple, la pensée occidentale, basée sur une vision mathématique, échoue, car incapable de s'adapter au contexte, aux aléas du monde, et place l'homme dans une grande souffrance.

Au contraire, la pensée orientale permet de s'enrichir des mouvements du monde, dont elle accepte l'inattendu.

On voit aisément la portée politique et philosophique de cette analyse, et pas uniquement parce qu'elle oppose l'occident et l'orient.

Rapportée à la question de la suppression de l'histoire et de la géographique en Terminale S, elle révèle l'approche très idéologique et inquiétante du devenir de notre société telle que conçue par nos dirigeants : celle d'éloigner nos futurs citoyens érudits des modes de compréhension du monde, de la capacité à s'interroger pour en devenir des organisateurs plus efficaces, plus productifs.

Nous le constatons tous les jours : les managers d'aujourd'hui n'ont que des chiffres dans la tête. Et justement, ils font souvent des mauvais chiffres parce qu'ils ont oublié les hommes. Et ce n'est pas en faisant moins d'histoire/géo que les choses vont s'arranger.

Bon, promis, la semaine prochaine, je parle d'un truc plus marrant, vu que c'est la période de Noël !

# Posted on Sunday, 13 December 2009 at 11:34 AM

Edited on Monday, 14 December 2009 at 7:36 AM

Born In France

Born In France
Il est clair que le débat sur l'identité nationale lancé par la droite est une manoeuvre de diversion dont les ficelles sont énormes et qui vise à se sortir de l'impasse des régionales, après l'enlisement de la réforme territoriale.

Formulé tel quel, l'enjeu du débat est de ratisser large, de toucher l'électorat frontiste et de faire l'union de la droite là où la gauche, numériquement supérieure, risque de pâtir de son incapacité à se réunir.

Au passage, la droite est en train de se prendre les pieds dans le tapis, réveillant surtout une xénophobie nauséabonde qui trouve écho chez nos voisins.

Cela dit, est-il négatif de parler d'identité nationale ?

Le hasard fait que le débat est apparu dans l'actualité au moment où je lisais le très beau livre de Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit (2007).

Ce roman bouleversant - qui sera prochainement adapté au cinéma par Alexandre Arcady - est l'histoire d'un jeune arabe dans l'Algérie coloniale des années 30 à l'indépendance, en 1962. Issu d'un milieu agricole et populaire, Younes va devenir Jonas en étant élevé par son oncle dans les milieux bourgeois, français et catholique. Cette double identité (française et arabe) va l'écarteler alors que la guerre d'indépendance vient révéler la pathologie de cette société apparemment heureuse mais construite sur la discrimination, sociale et raciale. Parce qu'il n'arrive pas à choisir quelle est son identité (Younes ou Jonas ?), le jeune homme va être le témoin et non l'acteur de sa vie, s'enfermant progressivement dans un mutisme qui est aussi un autisme aux événements du monde. L'impossible histoire d'amour qui est au coeur du livre est davantage que romanesque, elle est la métaphore de l'incapacité de la France d'alors d'accepter un couple multiracial.

En ce qui me concerne, les résonances de ce livre ne sont pas que politiques ou en lien avec l'actualité. Elles sont intimes. Ouvriers espagnols émigrés au XIXe siècle, mes ancêtres ont construit l'Algérie française de leurs mains, de leur sueur, de leur sang. Victimes de l'histoire, ils étaient du mauvais côté : en bas de l'échelle de la société française, mais dans le camp des dominants (et dans celui des perdants). Ils ont dû quitter le pays en 1962, accueillis par la France métropolitaine comme des colons, même s'ils n'avaient pas grand chose avant et qu'ils avaient tout perdu.

Je suis venu au monde juste après, sans doute conçu de l'autre côté de la mer méditerranée, mais né en France.

Hier, je participais - professionnellement - à une cérémonie organisée à l'occasion des morts pour la France, en Algérie et au Maroc. J'ai rencontré le fils d'un soldat mort en 1957 à Taza, au Maroc, là où est née ma mère. À juste titre, il ne mâchait pas ses mots envers cette terrible guerre coloniale, qu'il ne faut surtout pas célébrer comme un conflit comme les autres, mais comme une guerre de la France contre elle-même.

Pendant longtemps, la France n'a pas regardé son passé avec lucidité, de Vichy à la collaboration, de la guerre d'Indochine à la guerre d'Algérie.

Mais l'avenir ne se construit pas sur des mythes, ni sur des illusions et sur le mensonge. Il est possible avec de la clarté, l'admission des erreurs passées, la réconciliation et la résilience.

Personnellement, j'ai longtemps occulté mes origines, le passé familial, car je rejetais cette identité "pied-noir" qui me faisait un peu honte.

Je me demande si ce n'est pas pourquoi j'ai toujours eu le sentiment de ne pas être vraiment à ma place là je me trouvais, jusqu'à rechercher mon identité dans l'imaginaire du cinéma, du rock ou de la littérature.

Un peu comme Younes ou Jonas, je ne savais pas vraiment qui j'étais.

C'est en acceptant mon origine, mes racines, ma place dans le récit familial et national que j'ai pu enfin devenir l'acteur et non pas uniquement le témoin de ma vie.

Ce cheminement est autant psychique que politique.

Mais il trouve un écho dans la société d'aujourd'hui.

C'est parce qu'il a su inscrire son projet politique dans l'histoire collective du pays du melting-pot que Barack Obama a non seulement remporté l'élection présidentielle américaine (c'est, reconnaissons-le, aussi une affaire de stratégie et de marketing) mais aussi redonné un espoir au monde. Avec lui, l'Amérique se réconciliait avec son passé, ses zones d'ombre. L'élection d'Obama était résiliante car elle n'omettait pas les douleurs de son pays, ses fautes.

La relation de la France avec l'identité nationale me fait penser au malentendu, en particulier en France, suscité par la chanson Born In The USA (1984), d'un artiste qui revient souvent dans ce blog, Bruce Springsteen, dont l'oeuvre, comme par hasard, m'a accompagné et aidé dans mon cheminement personnel.

Cathartique et non patriotique, la chanson était l'épopée dérisoire d'un vétéran du Vietnam rejeté par un pays qui ne regardait pas son passé en face, qui rejetait le débat sur l'identité nationale. Springsteen, chanteur humaniste, engagé et clairement à gauche, fut accusé de nationalisme car son refrain évoquait le fait d'être né aux USA, même si c'était pour être envoyé se faire tuer au Vietnam.

La chanson posait les bonnes questions et, vingt ans plus tard, Springsteen fut l'un des plus efficaces soutiens d'Obama pour l'élection historique de 2008, auprès d'un candidat qui posait à son pays la question de savoir ce qu'est d'être né Américain.

De plus en plus, les Français ressemblent à des consommateurs frustrés et ronchons, dont la relation est à l'offre politique relève du zapping psychotique.

Bien posée, la question de l'identité nationale pourrait réaffirmer une France ouverte et généreuse, tournée vers les autres et l'avenir, et non tournée vers le passé et ancrée dans le rejet de l'autre.

Et si à refuser ce débat, la France passait à côté de ce nécessaire élan cathartique, de cette résilience qui nous permettra, enfin, d'affronter ensemble l'avenir ?
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# Posted on Sunday, 06 December 2009 at 9:17 AM

Edited on Friday, 11 December 2009 at 3:41 PM

Brouhaha

Hier, un ami m'a fait un cadeau, comme ça, pour rien, même pas un anniversaire. Parce que je passais le voir.

J'écris ces lignes en écoutant ce touchant cadeau, la bande originale d'un des plus beaux films de l'histoire du cinéma, et au passage l'une des plus grandes musiques de film jamais écrites : Moonfleet, de Fritz Lang (1955), faux film de cape et d'épée hollywoodien et vrai récit initiatique à la Stevenson, l'un des plus émouvants jamais tourné du point de vue de l'enfant, ce regard déformant sur l'univers terrifiant des adultes.

Ce récit de survie dans un monde hostile me fait penser à La Route, de Cormac MacCarthy, dont l'adaptation cinéma sort cette semaine et dont je me demande si elle saura éviter l'écueil de transformer en fiction horrifique ce qui, dans le livre, n'était que terreur psychologique et conte philosophique.

Un mot sur la musique de Moonfleet : en notes majestueuses, elle évoque à la fois les tourments de l'enfance, les errements de l'homme, l'aventure et le romanesques possibles même si l'on décide de rester à quai. Tous les transports de l'enfance et de la vie d'homme. Elle est signée Miklos Rozsa, musicien hongrois devenu l'un des piliers de la musique hollywoodienne, apportant aux films même les plus standardisés une fièvre et une sensibilité européennes.

Moonfleet ou La Route, les thèmes évoqués par ces oeuvres cinématographiques ou littéraires (Moonfleet fut aussi un roman, signé John Meade Falkner, sorte de cousin de l'île au trésor) posent des questions sur la survie en milieu hostile, sur la transmission, sur la responsabilité, le don de soi et le partage, sur ce qui est essentiel et ce qui ne l'est pas. Des questions finalement très politiques, soulevées par les artistes et les poètes de tous temps.

Elles trouvent écho dans la recherche du sens qui agite aujourd'hui un nombre de plus en plus importants de citoyens, lassés d'un discours politique traditionnel reposant sur des recettes marketing.

En même temps, le temps médiatique semble jouer contre cette recherche du sens, car les acteurs de notre société doivent en permanence occuper l'espace. Du coup, un thème chasse l'autre, au profit d'un grand méli-mélo amplifié qui suscite au mieux l'incompréhension au pire la désespérance.

L'une des raisons - paradoxales - de cet état de fait est ce que l'on appelle aujourd'hui la communication.

Non pas la mise en commun, le partage, le fait d'aller faire l'autre, d'améliorer le vivre ensemble.

Mais la communication comme expression du moi, du je, la communication pour vivre.

À toutes les échelles, la société est frappée d'une frénésie communicante qui exprime son angoisse profonde : la peur de ne pas exister, d'être noyé dans le flot des nouveaux médias, de disparaître sous la concurrence, commerciale, humaine, politique.

Peu importe ce que l'on a dire, l'important est d'être là, illustrant par la même la phrase de Michel Audiard, qui ne croyait pas si bien dire : "ce n'est pas parce qu'on à rien à dire qu'il faut fermer sa gueule".

La société Sarkozienne a transformé chacun d'entre nous en un produit qui souhaite se vendre en permanence.

Mais comme la concurrence est rude et que les rayons de cette grande surface qu'est notre société n'a pas assez de place, chacun se met à souffrir.

Au passage, je vois un autre travers et une autre pathologie à cette obsession de la communication à tout prix : de plus en plus, ce n'est plus faire et dire, mais faire pour dire.

Toutefois, ce nouveau Far West de la communication est aussi un formidable espace de liberté, battant en brèche les expressions officielles, la pensée unique et poussant les diffuseurs de communication et d'information officielle a admettre qu'ils n'occupent tous les espaces, qu'ils ne détiennent pas la vérité.

Mais c'est aussi le règne de la confusion, entre information et communication, de la sur représentation des lobbys et des grandes gueules, de petits malins qui maîtrisent ces nouveaux outils mieux que les autres. Jusqu'à transformer en lame de fond des points de vue très minoritaires, car repris en boucle par une presse qui n'a pas toujours le temps d'aller vérifier ses sources et pour qui Google est le nouvel indic'.

L'espace de liberté que représente le web est avant tout une opportunité formidable démocratique : le plus faible est enfin à armes égales, ou presque, avec le plus fort. Et il existe sur le web une liberté d'informer que l'on ne trouve plus guère sur les grands médias officiels, télévisuels en tête.

En même temps, les "décideurs" dopent leurs moyens de com', aujourd'hui tellement blindés qu'ils font passer les plus grands propagandistes des siècles passés pour de gentils amateurs.

Un fossé se creuse donc entre ces francs-tireurs de l'information sauvage et ces magnats de la communication verrouillée. Au milieu, des médias qui font ce qu'ils peuvent et des citoyens à la fois perdus et tentant eux-aussi d'exister dans ce brouhaha communicant.

Il y a tout de même quelque chose de futile et dérisoire à tout cela, qui nous ramène à Moonfleet et à la Route.

Face aux questions cruciales qui ne vont pas tarder à se poser à nous de manière encore plus intense, crise écologique et économique oblige (boucler ses fins de mois, manger, envoyer nos enfants à l'école, vivre tout simplement...), l'obsession communicante des uns et des autres deviendra caduque et superflue. Nous n'entendrons plus alors que le simple écho, amplifié, de ceux qui demandent simplement que nous vivions autrement.

Dans la rue, sur la toile, dans les médias, cette attente s'amplifie de jour en jour, encore parasitée par le brouhaha égotique des uns et des autres. Mais il suffit de tendre l'oreille, sa vibration gronde de plus en plus. Sur la Route ou ailleurs.
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# Posted on Sunday, 29 November 2009 at 8:54 AM

Edited on Sunday, 29 November 2009 at 12:28 PM